Un article de Melina : Le maillon faible

J’ai pris mes distances il y a quelques années avec l’Eglise de Scientologie après m’y être impliquée douze ans, y compris comme membre du personnel. Je me suis éloignée pour des raisons que j’explique dans cet article, sans pour autant verser dans l’extrémisme inverse et en tentant de rester objective et factuelle.

Quand on parle de Scientologie, il faut distinguer :

1. Ron Hubbard.
2. Sa philosophie, sa doctrine.
3. L’organisation de la Scientologie.
4. Les scientologues.

1. Ron Hubbard : personnage haut en couleurs, charismatique, brillant mais aussi mythomane et paranoïaque selon sa principale biographie non-autorisée.

Les biographies officielles de l’Eglise le présentent comme une sorte de sur-homme… c’est ridicule. Même lui ne se présentait pas ainsi. Libre à chacun d’apprécier ou non le personnage.

2. Ses écrits : là encore, on adhère ou pas. Tout ce que je peux dire pour l’avoir vu de mes propres yeux c’est qu’il y a des choses qui fonctionnent, tant dans l’aspect « thérapie » que dans le domaine, moins connu, du management.

Je reviendrai sur le 3 plus bas.

4. J’ai connu personnellement au moins 200 à 300 Scientologues au cours de ces douze ans. A la fois en tant que simple adepte, mais surtout comme membre du personnel où j’occupais des postes de contact avec les membres de la Scientologie. De ce que j’ai pu observer, ce sont des gens plutôt bien dans l’ensemble. Ils veulent améliorer les choses et s’améliorer eux-mêmes, mais autant ils peuvent être vigilants sur les dérives de notre société, autant ils manquent de sens critique vis-à-vis de leur propre organisation et surtout de leurs dirigeants à qui ils ont tendance à accorder une confiance aveugle. J’irai jusqu’à dire que j’ai vu des esprits brillants faire preuve d’une naïveté infantile sur certains sujets.

C’est le point 3 qui est la cause de la situation critique actuelle. Et si une investigation devait être lancée, c’est dans cette direction qu’il faudrait chercher.

Tout d’abord, ce qui rend à moitié dingues les gens qui ont subi un préjudice à cause de la Scientologie, c’est qu’elle nie systématiquement ses erreurs et ses fautes. La ligne directrice est : ça vous est arrivé ? Tant pis pour vous, vous en êtes probablement responsable. Si vous vous montrez menaçant(e), on vous proposera un arrangement financier plutôt que d’aller en justice.

La responsabilité de l’Eglise devrait être engagée plus souvent lorsqu’il y a des drames. Il faudrait, pour cela que l’appareil judiciaire soit moins stupide et les parties civiles mieux préparées aux procès.

Parce que, côté scientologue, un procès se prépare avec une minutie chirurgicale et les meilleurs avocats sont engagés.

Perdre un procès est inacceptable pour l’Eglise, car une décision défavorable faisant jurisprudence pourrait marquer le début de la fin.

Les gens qui dirigent l’Eglise sont persuadés d’avoir raison. Eux-mêmes vivent dans un univers relativement protégé et coupé de la société civile. Mais les Scientologues (n°4) paient très cher le prix des erreurs de leurs dirigeants.

Ce sont eux qui se font blacklister sur internet, eux qui perdent leur emploi, leur réputation et leurs clients à cause de l’image déplorable de la Scientologie qu’ils subissent sans l’avoir nécessairement causée.

Est-ce que la Scientologie, en tant qu’organisation, viole la loi ?

Je suis étonnée, par exemple, que l’inspection du travail n’ait pas réussi à coincer les organisations françaises en requalifiant le contrat de membre du personnel en contrat de travail.

Il y a lien de subordination, contraintes horaires, durée globale, pénalisation de l’employé en cas de rupture anticipée et rémunération. C’est un angle possible.

Il est clair que si les employés des Eglises l’étaient conformément au droit social français, ces organisations perdraient du jour au lendemain 80% de leur personnel faute de pouvoir les payer et d’assumer leurs charges sociales.

L’autre point délicat est directement en relation avec l’argent : il fut un temps où les Scientologues étaient poussés à s’endetter par les « conseillers-orienteurs » (ceux qui vendent livres et services) pour financer leurs achats.

Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, y compris que c’est contraire aux règlements internes de l’Eglise, mais les connaissent-ils seulement ?

J’ai connu des Scientologues surendettés, ayant fait des fausses déclarations à différents organismes de crédit pour obtenir des prêts qui leur auraient été refusés s’ils avaient joué franc-jeu. Je ne sais pas si cela se pratique toujours. Espérons que non.

Un autre point faible concerne la justice interne en Scientologie. Je devrais écrire la « non-justice ». Je m’explique : il est interdit de poursuivre un autre Scientologue en justice, devant les tribunaux de votre pays, sous peine d’exclusion. Vous devez obligatoirement passer par la justice interne, tant pour les affaires privées que professionnelles.

Le problème est que cette fonction n’est pas assurée correctement : incompétence, absence de professionnalisme confinant à l’irresponsabilité, coût trop élevé, délais interminables et décisions discutables transforment cette justice interne en parodie.

Le fait qu’une communauté X ou Y propose (facultativement) un service de médiation entre ses membres n’est pas choquant en soi. Ce qui l’est, c’est de rendre cette procédure obligatoire et de la confier à des personnes incompétentes. Interdire ou dissuader un citoyen d’assigner un autre citoyen en justice parce qu’ils sont tous les deux Scientologues revient à le priver d’un droit fondamental. C’est anormal.

Il est clair que si la Scientologie n’est pas capable de se réformer par elle-même, il faudra que les Etats l’y obligent par l’application stricte du droit.

Melina
Ex-membre de l’Eglise de Scientologie pendant 12 ans, dont deux et demi comme membre du personnel.

2 réflexions sur « Un article de Melina : Le maillon faible »

  1. « Je suis étonnée, par exemple, que l’inspection du travail n’ait pas réussi à coincer les organisations françaises en requalifiant le contrat de membre du personnel en contrat de travail. »

    Oui, c’est très étonnant. Ceux qui sont membres du personnel de la scientologie depuis vingt ou trente ans ne toucheront pas de retraite.

    Cela dit, le gouvernement belge va apparemment poursuivre la scientologie en justice sur la validité des contrats de travail des employés de la scientologie en Belgique. Et aussi pour escroquerie et exercice illégal de la médecine. Voir le lien suivant :

    http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/la-belgique-attaque-la-scientologie-en-justice-14-01-2013-2919_118.php

  2. Réponse à Voltaire2003 : non seulement les membres ne toucheront pas de retraite mais seront ignorés par l’Eglise. Ses « vieux » elle s’en moque. Elle n’en prend aucun soin, ne les contacte pas pour prendre de leur nouvelle et ne leur rend jamais hommage. L’ogre veut de la chair fraîche !

Laisser un commentaire