Leah Remini – Scientology and the Aftermath – Saison 3 – Episode 2

Valérie Harvey a travaillé dans la Sea Org pendant 22 ans. Elle s’évade du QG de la scientologie en 2016 en se cachant dans le coffre d’une voiture. Sa particularité : elle a été la majordome de David et Shelly Miscavige et, occasionnellement, la confidente de Shelly, laquelle a disparu de la circulation depuis 2005. Une interview fascinante.

Leah Remini – Scientology and the Aftermath – S03E02 – Star Witness

Leah Remini – Scientology and the Aftermath – Saison 1 – Episode 1

Salut à tous !

Après un break prolongé, le blog est de retour. En effet, il s’est produit tellement de choses depuis un an qu’il devenait de plus en plus difficile de les passer sous silence.

L’événement le plus marquant de 2016 a bien sûr été la diffusion de la série de Leah Remini, Scientology and the Aftermath (littéralement : L’après-scientologie), dont les 10 épisodes ont été diffusés en fin d’année par la chaîne de télévision A&E. Avec une moyenne de près de 2 millions de spectateurs, cette série est l’un des plus gros succès de la chaîne qui vient de commander une deuxième saison.

La série a provoqué une formidable tempête médiatique aux Etats-Unis et, avec l’annonce d’une deuxième saison, les oreilles de la Scientologie ne sont pas près de s’arrêter de siffler.

Espérons qu’une chaîne française achètera la série et la diffusera cette année.

Voici le premier épisode. Il est en anglais. De temps en temps il est coupé par des pubs (très courtes). Après ces pubs, il est parfois nécessaire de remettre le son.

La première partie de cet épisode est consacré au parcours de Leah en Scientologie et aux raisons pour lesquelles elle a fini par quitter la secte. La seconde partie aborde la « déconnexion » en racontant l’histoire d’Amy Scobee qui a été recrutée à l’âge de 16 ans par la Sea Org, laquelle a forcé les parents d’Amy à rompre les liens avec elle quand, après plus de 20 ans d’esclavage, elle a claqué la porte de la secte.

Enjoy.

 

L’âge d’or des SP

Au secours, les « SP » sont partout ! Jamais la scientologie n’avait connu un tel tir de barrage.

Pour ceux qui l’ignorent, SP est l’abbréviation de l’anglais « Suppressive Person », que les scientologues traduisent par « personne suppressive ». Le site officiel de la scientologie y consacre une page entière qui baigne dans une hypocrisie crasse. Jamais l’adage « c’est celui qui dit qui y est » n’a été aussi vrai.

Oui, les « SP » sont partout et la scientologie, ou plutôt Miscavige (car la scientologie aujourd’hui, c’est Miscavige) ne sait plus où donner de la tête.

Faisons un petit état des lieux.

Le documentaire d’Alex Gibney, « Going Clear » a raflé trois Emmy Awards (l’équivalent des Oscar de la télé américaine) et il est en lice pour décrocher l’Oscar du meilleur documentaire. La scientologie a riposté en créant des sites de haine sur Gibney et tous les protagonistes du film et en envoyant des emails officiels aux médias et aux membres de l’Académie des Oscar comme quoi le film n’était qu’un tissu de mensonges – sa seule ligne de défense de nos jours. Il est à remarquer que la scientologie ne poursuit plus les médias en justice lorsqu’ils l’attaquent car un procès risquerait de mettre en lumière les crimes dont l’église est accusée. Donc, elle envoie des mails dans lesquels elle réfute tout en bloc et met en avant son « expansion sans précédent » et ses « 10 à 12 millions de membres ». Une petite question : si la scientologie compte des millions de membres pourquoi ne les entend-on jamais protester chaque fois qu’un article cogne sur leur religion ?

A noter que « Going Clear » sera diffusé le 11 novembre sur Canal +.

Le livre de Leah Remini, « Troublemaker », qui vient de sortir aux US et qui relate les quelque 30 ans qu’elle a passés dans la secte, a déclenché une tornade médiatique. Cela fait 15 jours qu’on ne ne parle plus que de ça dans les journaux, les magazines, à la télé et sur internet. Pour la sortie de son livre, Leah a été interviewée pendant une heure dans le talk show 20/20 de la chaîne américaine NBC et elle a doublé l’audimat habituel de l’émission avec près de 9 millions de téléspectateurs. Dans son livre, elle raconte, entre autres choses, qu’elle a donné près de 5 millions de dollars à la secte et qu’elle a versé 300 000 dollars à Flag en 2006 pour faire le Rundown de la Vérité et subir des interrogatoires intensifs (des sec checks) qui ont duré plusieurs mois, suite à son comportement jugé inapproprié lors du mariage de Tom Cruise. Finalement, lorsque Leah a pris conscience que ces sec checks ne lui avaient rien apporté et qu’ils lui avaient mis la tête à l’envers, elle est allé voir Miscavige et a exigé qu’on lui rembourse les 300 000 dollars. Et elle a eu gain de cause ! Et sans même être déclarée SP ! (Elle a été excommuniée plus tard, en 2013, quand elle a bruyamment claqué la porte de l’église.) Voilà qui crée un énorme précédent et qui devrait encourager tous les ex-scientologues qui rament pour se faire rembourser à mettre la pression sur l’église. Dans une déclaration écrite aux médias, la scientologie a carrément affirmé que Leah était un « no case gain » (que la scientologie n’avait jamais eu aucun effet bénéfique sur elle) ! C’est ce qu’on appelle se tirer une balle dans le pied. Comment un « no case gain » peut-il avoir atteint l’état d’OT VII ? Il faudra expliquer ça aux scientologues qui se posent la question. Ah mais oui, j’oubliais. Leah est « SP ». Tout s’explique !

Le procès de la scientologie en Belgique a commencé il y a deux semaines et reprend aujourd’hui. Si la scientologie perd ce procès, elle pourrait être purement et simplement interdite. Ah, ces Belges. Tous des SP !

Les Pays-Bas viennent d’annuler l’exonération fiscale de la scientologie en considérant qu’elle est un business qui pratique des tarifs très élevés et non un organisme qui sert le bien public. Bandes de SP, va !

A part ça, Louis Théroux, un documentariste aussi célèbre et respecté que Gibney, a réalisé un autre docu sur la scientologie intitulé « My Scientology Movie » qui va être diffusé par la BBC. Ils n’arrêtent pas, ces SP !

Un autre « SP » va sortir son autobiographie l’année prochaine : Ron Miscavige Senior, père du petit dictateur. Il n’a pas dû apprécier d’avoir été espionné par son fiston.

La « SP » suédoise Mariette Lindstein (épouse du « SP » Dan Koon) qui a travaillé à RTC sous Miscavige pendant 5 ans et qui a connu les joies du « Trou » vient de sortir le premier livre d’une trilogie intitulée « La Secte de l’Île des Brumes ». Il s’agit d’un thriller qui dénonce les méfaits des sectes et qui s’inspire de son vécu de scientologue. Le livre est un énorme succès de librairie en Suède et il en est à sa troisième impression en un mois. Il devrait bientôt être traduit en anglais (et, je l’espère, en français).

Autre victoire des « SP » : La cour d’appel du Texas a rejeté la demande de la scientologie d’annuler le procès intenté contre elle par Monique Rathbun. La scientologie prétendait avoir harcelé Monique au nom de la liberté d’expression et de religion. Les juges texans ont envoyé la scientologie sur les roses. Le procès reprendra sans doute au second semestre 2016 car la scientologie a encore une dernière carte à jouer : faire annuler la décision de la cour d’appel par la cour suprême texane – entreprise vouée à l’échec mais qui fera gagner un peu de temps à Miscavige.

Et pour ceux que ça intéresse, le livre du « SP » Lawrence Wright vient de sortir en français.

Cela fait plaisir de voir tous ces SP s’épanouir et prospérer, non ?

Et, pour finir, un bonus hilarant qui résume bien la tourmente que traversent Miscavige et la scientologie.

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10 novembre : Vous trouverez un article plutôt pas mal du Point ici.

10 novembre : Interview d’Alex Gibney dans Libération.

13 novembre : Le livre de Leah Remini est en tête des ventes sur la liste de best-sellers du New York Times. Bien entendu, tous ceux qui ont l’acheté sont forcément des SP.

NYT

19 novembre : Le livre de Leah est en tête des ventes d’iBooks.

22 novembre : L’essai sur Daesh mentionné dans les commentaires existe désormais en français. Cliquez ici.

24 novembre : Un tribunal moscovite ordonne la fermeture de l’org de Moscou, considérant que la scientologie, en tant que marque déposée, ne saurait être une religion. Cliquez ici et ici. Comme le fait remarquer Mike Rinder, l’IAS va exploiter ce revers pour pomper un maximum de picaillons.

25 novembre : Procès belge. Le procureur demande la dissolution de l’église de scientologie de Belgique. Cliquez ici.

Déconnexion = Discrimination

Voici un billet très intéressant sur la déconnexion signé Marie-Antoinette. Partagez-vous son point de vue ?

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Il me semble utile de revenir sur la déconnexion en Scientologie qui a causé bon nombre de familles désunies, d’amitiés brisées, d’associations détruites.

Voici ce qu’en dit un site de relation publique de l’Eglise de Scientologie :

http://www.la-scientologie.fr/deconnexion/

Si un individu qui tente d’améliorer sa vie par la Scientologie se heurte à l’opposition acharnée d’une personne de son entourage, sa progression spirituelle est freinée.

Dans la majorité des cas, l’antagonisme naît de fausses informations sur la Scientologie, et rétablir la vérité met fin à cette situation. En dernier recours, lorsque toutes les tentatives pour régler la situation ont échoué, le scientologue peut décider de se séparer de cette personne jusqu’à ce que l’antagonisme prenne fin.

Une personne qui se sépare ne fait qu’exercer son droit de communiquer ou de ne pas communiquer avec une personne précise. C’est l’un des droits les plus fondamentaux de l’homme. Les membres des autres religions s’en servent depuis le début des temps lorsqu’ils se heurtent à ceux qui s’opposent systématiquement à la pratique de leur religion. Les Témoins de Jéhovah et les Amish pratiquent la ségrégation (une forme de déconnexion) et ce droit leur a été reconnu par de nombreux tribunaux aux Etats-Unis. Certaines congrégations juives orthodoxes pratiquent une forme extrême de déconnexion en mimant l’enterrement des membres apostats. La déconnexion de la Scientologie n’est ni nouvelle ni étrangère à l’histoire des religions.

Pour compléter ce qui est dit là, j’ajouterais l’excommunication catholique mais qui est cependant une pratique qui est tombée en désuétude mais qui fut par le passé une arme utilisée par le clergé catholique pour vaincre la dissidence. Tout à fait à la manière actuelle de l’Eglise de Scientologie.

Cette idée de déconnexion est introduite vers 1965. C’est un principe technique au départ. Si vous êtes connecté avec quelqu’un qui a des intentions contraires aux vôtres et qui perpétuellement vous opprime, pour récupérer votre liberté, vous pouvez déconnecter de cette personne.
Par exemple vous tenez à faire quelque chose et une personne de votre entourage veut vous décourager, vous invalide etc… Au bout d’un moment vous ne voulez plus le voir et vous le fuiez. Quoi de plus naturel ?

C’est à partir de là qu’est forgé le concept de « personne suppressive ». C’est le genre de pisse-froid qui veut vous empêcher de vous éclater comme vous voulez.
En 1965 la sciento est un truc moderne, et les anti sont de vieux réacs. Souvent le jeune scientologue (de l’époque des Beatles) est en révolte. Le baby boomer en pleine explosion. Les parents, profs etc… sont des vieux cons encore en noir et blanc avec chapeau, manteau, gros croquenots, chaussettes pendouillantes et haleine de chiotte. Coincés de partout, réfractaires à toute idée un peu nouvelle. La fameuse « middle class » (les « pigs » chez les hippies).
Ainsi naît le « suppressif ». A hostilité cachée (ou ouverte) sur l’échelle de ton, il fait perdre ses gains au pauvre préclair qui commence à faire des montagnes russes, du fait des invalidations du suppressif.  Et comme l’activité principale du suppressif est de stopper, on détermine qu’il est coincé sur la piste de temps essayant d’arrêter un incident qui est en train de le submerger. Plutôt intéressante comme idée.

Puis, la déclaration de suppressif devient plus politique, et touche plus ceux qui deviennent personna non grata par rapport à Hubbard ou certains dirigeants de l’église. Ça devient, d’après les policies, obligatoire de déconnecter de telles personnes. La déconnexion est née. Elle devient vite très impopulaire, générant beaucoup de problèmes. En 1968, dans son « code de réforme » Hubbard annule la déconnexion.

Et cette pratique disparaît de la scientologie qui vit dans les années 70 de très belles années de réelle expansion. Pour ceux qui sont arrivés dans les années 70, la notion de déconnexion n’a aucun sens. Elle est obsolète, passée, inconnue. Par contre, certains même se plaignent de n’avoir pas eu le droit de déconnecter de gens qu’ils ne pouvaient plus supporter. On les incitait à « manier », « mettre de l’ARC ». Il est vrai que des situations ultra tendues pouvaient se désactiver en cessant de créer de l’antagonisme, et en mettant de l’ARC. On est dans la résolution standard des situations PTS et ça marche bien. Le fait d’accorder l’être est l’élément principal.

En 1982, on expérimente une sorte de coup d’état. Hubbard n’est plus au poste de commandement. Une nouvelle structure appelé RTC (Religious Technology Center) coiffe l’église. Cette nouvelle structure est dirigée par le jeune David Miscavige (20 ans à l’époque), Pat Broeker et une nouvelles junte (qui sera par la suite décimée par Miscavige…)  Guillaume Lesèvre, Ray Mithoff, Vicky Aznaran, Marc Yager et Heber Jentzsch … s’emparent du pouvoir et virent les scientologues historiques qui étaient aux commandes : David Mayo classe XII, senior CS international, Marie Sue Hubbard femme de Ron et patronne du Gardian Office, Bill Robertson classe VIII, capitaine de la Sea Org qui avait ouvert la plupart des organisations avancées (en particulier Copenhague). Et de nombreux autres sont virés de la Sea Org, sans compter la destruction du réseau des missions qui sont ignoblement rackettées et mises sous coupe franche.

Mayo et Robertson crient au scandale, à la prise de pouvoir par des fascistes et créent des structures indépendantes de l’église pour délivrer la sciento : le Advanced Ability Center et la Ron’s Org.

Miscavige voit ses clients fondre comme neige au soleil. Les « rebelles » se passent le mot. RTC doit stopper l’hémorragie.
Dans de telles situations, il y a toujours le bâton et la carotte.
La carotte : fin 1982, une nouvelle charte de gradation est publiée promettant des niveaux d’OT de VIII à XV, que bien sûr ne possède pas la dissidence. Ni l’église apparemment. 32 ans plus tard, personne n’a jamais vu ces fameux niveaux d’OT. Miscavige n’a fait qu’inventer des prérequis inatteignables (toutes les orgs ST Hill size, toutes les orgs idéales) pour être sûr de ne jamais avoir à délivrer ces niveaux qui n’existent sans doute pas.

Ces niveaux étant la carotte, voyons le bâton, et venons-en à notre propos. On fait des déclarations SP à tour de bras. Et pour empêcher la contagion de la dissidence, il faut réinstaurer la déconnexion. Si les gens peuvent communiquer, c’est la fin. La scientologie s’est transformée en dictature totalitaire.
Le 10 septembre 1983 sort le HCOB « PTS ness and Disconnection ». Si vous avez fait le cours SP PTS et que vous ayez conservé votre pack, vous avez ce texte à portée de la main. Tout d’abord, il est question du droit de communiquer et de ne pas communiquer. Avec beaucoup de malignité, l’auteur du texte établit une relation avec des fondements, mais on sent qu’il a une idée derrière la tête. C’est au niveau des exemples que son intention se dévoile quand il glisse subrepticement l’idée que l’on doit déconnecter d’un groupe ou d’un individu déclaré suppressif par HCO. En fait, le seul but du texte est de faire digérer ce passage. Relisez le bulletin, vous verrez c’est enrobé dans quelques lieux communs pour faire avaler la pilule comme une loi fondamentale.

Je reproduis le passage et vous verrez qu’il n’est plus question de liberté de communiquer ou de ne pas communiquer mais bel et bien l’ordre explicite de déconnecter, avec lettre de déconnexion vérifiée par « l’officier d’éthique ».

« Un préclair est connecté à une personne ou un groupe qui a été déclaré suppressif par HCO dans un ordre d’éthique publié. Il doit déconnecter et, s’il veut en informer le SP, il peut écrire une lettre de déconnexion. Une telle lettre est très directe. Elle informerait de la déconnexion ainsi que de la raison. Elle ne serait pas émotionnelle ou accusative, ça ne servirait qu’à créer plus d’antagonisme. La lettre serait inspectée par l’officier d’éthique avant qu’elle soit envoyée, et des copies seraient gardées dans les dossiers d’éthique et de préclair de la personne. Aucune tentative ne serait faite pour communiquer avec le SP pour « clarifier les choses » ou essayer de l’amender. Amender le SP se trouve strictement entre les mains de HCO. Le PTS simplement déconnecte. »

Avant ce passage, le début du bulletin est plein de belles paroles sur le droit de communiquer ou de ne pas communiquer, pour finalement imposer la règle que je viens de citer. Ce genre de tactique 1,1 ne ressemble pas à Hubbard. Et d’après le témoignage suivant, il semblerait que ça ne soit pas Hubbard qui ait écrit « PTS ness and Disconnection », mais un certain Vaughn Young, qui a travaillé pour l’église qui déclare devant une court qu’il a agi sur l’ordre de David Miscavige et a écrit lui-même le texte :http://www.forum.exscn.net/showthread.php?19203-%93Earlier-disconnection-as-a-condition-was-cancelled-quot

Rien ne prouve que Vaughn Young ait dit la vérité, mais rien ne prouve non plus qu’il ait menti. Seule la production d’un document écrit de la main de LRH et rigoureusement authentifié pourrait lever le doute.

En tout cas, écrite ou non par Hubbard : « PTS ness and Disconnection » est une policy officielle de l’église. Ainsi qui pourrait dire, à l’instar de Tommy Davis, que la déconnexion n’existe pas ?

De la même manière, le petit texte de relation publique, cité au début, développe l’idée que la déconnexion est liée à l’histoire des religions .

Mais que citent-ils pour prouver la légitimité religieuse de la déconnexion ? Des groupes auxquels personnes en France ne voudrait être identifié, connus pour être rétrogrades (pardon si j’ai l’air de nourrir des préjugés). Ils citent des religions aux pratiques sectaires, l’extrémité de leur sectarisme étant des règles de ségrégation, c’est à dire d’atteinte aux droits de l’homme ! Celui qui a écrit cela a desservi sa cause. Mais peut-être n’était-ce qu’un avocat conservateur américain qui ne pensait qu’en terme de jurisprudence.

En 2009, une nouvelle crise de dissidence éclate. Les premiers rebelles sont Marty Rathbun (ex n°2 de RTC, co-acteur avec David Miscavige de la reconnaissance en 1993 par l’IRS)  et Mike Rinder (ex patron d’OSA int). Tous deux ont cotoyé David Miscavige d’extrêmement près, et ils témoignent du « hole » (le “trou”, la prison dans laquelle sont enfermés les “execs” en disgrâce), des accès de violence verbale et physique de leur patron, et de la façon dont il a pris le contrôle absolu et total de l’église. Nombre de Scientologues qui ont vécu des expériences similaires leur emboîtent le pas. Célébrités et Scientologues de haut nom rejoignent la dissidence. On ne fait plus de déclaration suppressive, en tout cas on ne les envoie plus au « coupable » pour éviter des poursuites en diffamation (ce n’est plus les policies de Hubbard qui sont appliquées mais les recommandations des avocats). Par contre la déconnexion marche à plein régime.

Et pour ceux qui l’ont expérimenté, elle emporte des membres de leur famille qui ne leur parleront plus jamais. Un mécanisme subtil étant que les gens qui pratiquent la déconnexion et qui ne peuvent ni avouer, ni s’avouer qu’ils appliquent simplement la policy, finissent par rechercher dans le caractère de celui ou celle dont ils ont déconnecté, des défauts prouvant qu’il était vraiment suppressif et qu’ils ne s’en étaient pas rendu compte. Pour que leur décision de déconnecter puisse apparaître comme auto-déterminée.

La règle sur la déconnexion est complètement en contradiction avec l’esprit fondamental de la Scientologie et  contrevient aux lois en vigueur sur la discrimination religieuse.

En effet, la déclaration de personne suppressive et la déconnexion est un exemple d’ostracisme parfait. L’apostat peut ainsi être privé de ses amis, de son travail et de sa famille.

Imaginez ce que dirait l’Eglise de Scientologie si des gens déconnectaient des scientologues, les privaient de leur famille et de tout soutient par un règlement édicté par le gouvernement en lutte contre les « sectes ». Obligeant les familles à abandonner leurs membres scientologues. L’église de Scientologie et ses membres porteraient plainte pour discrimination religieuse, et feraient remonter ça jusqu’aux instances européennes. Ils se plaignent déjà de subir des procès en sorcellerie (ce qui est quelquefois vrai). Mais aucun cas de discrimination organisée et élevée au rang de règlement n’a été signalé en France, en tout cas pas à ma connaissance. Et la France est le pays du monde dans lequel la Scientologie est le plus attaquée.

Ce qui veut dire que la discrimination organisée, et réglementée par l’Eglise de Scientologie dans sa forme actuelle, est sans commune mesure avec  celle qu’elle subit.

Il n’y aucun exemple notable en France de quelqu’un qui sur l’ordre de l’état (oui, une instance officielle comme l’église autrement ça ne se compare pas) aurait été privé de sa famille, de son travail ou de ses amis parce qu’il était scientologue.

Par contre, on pourrait citer des dizaines d’exemples de familles déchirées, d’amitiés détruites, d’associations rompues, relatées avec la pratique de la déclaration de personne suppressive et de la déconnexion.

Miscavige et la scientologie sont K.O. debout

6 mars 2015 : Canal + a acquis les droits de « Going Clear ». Pas de date de diffusion pour l’instant.

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23 février 2015 : Un article paru au Canada résume bien la situation décrite dans ce billet. Cliquez ici.

A la fin de sa projection au Festival de Sundance, dimanche dernier, le film d’Alex Gibney consacré à la scientologie, « Going Clear », a reçu une standing ovation, événement rarissime pour un documentaire.

En publiant des pleines pages de pub attaquant le film (sans même l’avoir vu) dans plusieurs grands quotidiens américains, dont le New York Times, la scientologie avait créé le buzz. Les festivaliers s’étaient précipités en masse pour voir le film et la salle de projection était pleine à craquer. Des centaines de festivaliers ont dû rester dehors dans le froid, faute de places, et se rabattre sur la seconde projection du film le jour suivant. A la sortie de la projection, Alex Gibney a remercié la scientologie d’avoir dépensé 250 000 dollars pour promouvoir son documentaire.

Mike Rinder et Tony Ortega, ainsi que plusieurs ex-scientologues apparaissant dans le film, étaient présents à la projection et ont été enthousiasmés par le travail de recherche et d’investigation de Gibney, par son sens de la narration et par sa capacité à capter l’émotion chez les individus venus témoigner devant sa caméra.

Gibney reprend la plupart des révélations publiées dans le livre de Lawrence Wright (et dans ce blog depuis deux ans) donc pour ceux qui ont lu le livre ou suivi ce blog, il n’y a pas énormément de news fraîches à se mettre sous la dent. Par contre, les futurs spectateurs « wogs » qui ne connaissent pas la scientologie vont enfin découvrir ce qu’est cette église : une organisation criminelle, totalitaire et paranoïaque dirigée par un tyran cruel et sans scrupules dont le but est d’asservir ses ouailles et de leur soutirer un maximum d’argent. Avec ce film, la scientologie est définitivement discréditée.

Gibney a cependant réussi à dénicher quelques infos, images et séquences inédites :

– Des séquences jamais diffusées montrant la Sea Org sur l’Apollo, ou bien Miscavige au travail dans son bureau en compagnie de Marty Rathbun, ou encore des extraits inédits du discours triomphal de Miscavige en 1993 lorsqu’il a annoncé : « La guerre est terminée ».

– Un scoop de Marty Rathbun qui raconte, lorsqu’il auditait Tom Cruise que celui-ci, pendant une séance, avait dit plus ou moins pour plaisanter qu’il aimerait bien mettre Nicole Kidman sur écoute pour savoir avec qui elle parlait. Rathbun avait ensuite fidèlement rapporté les propos de Cruise à Miscavige qui lui avait aussitôt ordonné de mettre Kidman sur écoute. Pour rappel, Miscavige détestait Kidman car son père était psychologue (donc, un « ennemi ») et qu’il estimait qu’elle éloignait Cruise de la scientologie. Miscavige avait aussi tenté de convaincre les enfants adoptifs de Cruise et Kidman que leur mère était suppressive afin qu’ils coupent les ponts avec elle. Cette révélation de Marty Rathbun a immédiatement fait le tour du monde et a été reprise par des centaines de médias. Bien sûr, ce n’est pas la séquence la plus importante du film, mais au moins elle a le mérite de lui faire une énorme publicité.

– Vous connaissez sans doute le documentaire consacré à L.Ron Hubbard à bord de l’Appolo et diffusé en 1968 par la chaîne britannique Granada (devenue ITV). Eh bien, Gibney a retrouvé le réalisateur de ce documentaire qui lui a fourni une conversation « off-the record » (hors caméra) qu’il avait eue avec LRH et dans laquelle ce dernier admet que les mauvais traitements existent en scientologie. (Pour ceux qui l’ignorent, sur l’Apollo, on jetait les « cas d’éthique » par-dessus bord, quel que soit leur âge ou leur état physique, puis une fois qu’ils avaient bien « mariné », on les repêchait.)

– De nouvelles révélations accablantes tirées des témoignages écrits de Sara Northrup, la deuxième femme de Hubbard, montrent ce dernier sous un jour peu reluisant. Pour rappel, dans le documentaire diffusé par la chaîne de TV britannique « Granada » (l’ancêtre d’ITV) en 1968, Hubbard niait avoir épousé Northrup. Dans les années 80, il renia Alexis Hubbard, la fille qu’il avait eue avec elle.

Comme on pouvait s’y attendre, le film de Gibney n’est pas qu’un réquisitoire contre les crimes de l’église et de Miscavige, il fait aussi la lumière sur la véritable personnalité et les mensonges de LRH. Il va devenir de plus en plus difficile pour la scientologie de faire passer Hubbard pour un humaniste.

Enfin, le film illustre de façon détaillée le mythe de Xenu (les matériaux d’OT III)  qui, de toute façon, était devenu un secret de polichinelle puisque de nombreux sites internet y sont consacrés.

Bien entendu, la scientologie a immédiatement réagi en envoyant à tous les médias un communiqué de presse qui dépeint le film comme un tissu de mensonges et dans lequel elle se plaint de ne pas avoir été contactée par le réalisateur et par HBO pendant le tournage du film afin qu’elle puisse rétablir la vérité. Sauf qu’à la fin du film, Gibney remarque que l’église n’a jamais répondu aux multiples demandes d’interview adressées à Miscavige et aux cadres supérieurs de la scientologie.

Dans son communiqué de presse, la scientologie renvoie les médias à un lien, celui de Freedom Magazine, afin de leur faire bénéficier des « vraies infos ». Je suis allé y jeter un coup d’œil et l’article consacré au film n’est qu’un ramassis de bile haineuse et diffamatoire. Gibney, HBO et tous ceux qui ont participé au documentaire y sont traînés dans la boue selon le vieil adage scientologue : en cas d’attaque, ripostez et détruisez l’ennemi. Sauf que là, plus personne ne croit en la propagande surannée de l’église avec ses 11 000 églises et missions et ses 10 millions de scientologues.

Soit dit en passant, s’il y a vraiment des millions de scientologues dans le monde, comment se fait-il qu’on n’ait pas vu au moins quelques centaines d’entre eux manifester devant la salle où le film était projeté ? Comment se fait-il qu’aucun porte-parole de l’église n’ait fait le tour des télés pour dénoncer le film ?

Le fait est que Miscavige est mort de trouille et n’ose pas vraiment contre-attaquer. Sa seule défense aujourd’hui, c’est de crier : « Menteurs ! »

Car il sait que toutes les accusations portées dans le film sont vraies : le « Trou », les violences physiques, les tortures, le personnel Sea Org exploité, sous-payé et maltraité, le chantage exercé contre l’IRS (le fisc américain) pour obtenir le statut de religion et l’exemption fiscale, le fiasco des orgs idéales et de GAT 1 & 2 ou encore l’utilisation frauduleuse de l’argent de l’IAS pour payer les hordes d’avocats chargés de lui éviter la prison. Oui, il est fort à parier que Miscavige soit en train de souiller son caleçon en soie à 500 dollars.

Gibney s’adresse directement à Tom Cruise et John Travolta. Il dit qu’ils ne pouvaient pas ne pas être au courant des exactions de l’église et de Miscavige. Il les met au défi d’exprimer publiquement leur désaccord et de se désolidariser d’une organisation qui n’hésite pas à fouler aux pieds les droits de l’homme et à obliger ses adeptes à rompre les liens avec tous ceux qui sont considérés comme des « ennemis » de la scientologie.

Tom et John, un défi vous a été lancé. Le relèverez-vous ? Le monde entier vous regarde.

Voici quelques liens. Cliquez ici, ici, ici et ici.

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2 février 2015. Un de nos bloggers a envoyé cette photo publiée dans un vieil « Advance ».

3 février 2015 : La scientologie continue de creuser sa tombe ici.

Le suicide médiatique de la scientologie

Dans mon précédent billet, je vous parlais de la sortie du documentaire d’Alex Gibney intitulé Going Clear: Scientology and the Prison of Belief, produit par la chaîne de télévision américaine HBO et basé sur le livre éponyme de Lawrence Wright paru il y a deux ans.

Je me demandais quand l’église de scientologie et Miscavige allaient réagir.

Eh bien ça y est, c’est fait. A dix jours de la première mondiale du film au festival de Sundance, la scientologie a publié une pleine page (payante) dans le New York Times pour attaquer et dénoncer violemment le film sans même l’avoir vu ! C’est ce qu’on appelle se tirer une balle dans le pied. Vous trouverez tous les détails de ce suicide médiatique ici, ici, ici et ici.

HBO et Gibney doivent se frotter les mains. Cette publicité gratuite pour leur film va éveiller la curiosité de bon nombre de « wogs » qui, au départ, ne seraient sans doute jamais allés voir le film.

On peut s’attendre à ce que cette page de « pub » paraisse dans d’autres quotidiens et hebdomadaires, ce qui augmentera un peu plus le nombre de spectateurs potentiels.

La bêtise de l’église et de son chef ecclésiastique semble ne pas avoir de limites. Et c’est tant mieux car nous avons tellement peu d’occasions de rire ces derniers temps.

Je sens que 2015 va être un grand cru pour la scientologie et son petit pape. Ah, karma quand tu nous tiens…

Bonus : L’affiche du film.