Ça vous dit de travailler comme esclave pendant un milliard d’années ?

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L’enthousiasme de ce sympathique jeune homme est touchant. Il ne le sait pas encore, mais de cruelles désillusions l’attendent. Pour l’instant, il semble persuadé qu’il travaille pour le bien du plus grand nombre. Il va vite déchanter.

Sa vie pleine « d’aventures » va consister à bosser 100 heures par semaine pour des cacahuètes, à être privé de sommeil, à être mal nourri, à devoir se confesser pour un oui ou pour un non chaque fois qu’il affichera des « contre-intentions » ou une attitude non conforme aux règlements, à se faire surveiller et dénoncer par ses camarades s’il s’écarte un tant soit peu du droit chemin, à se faire arracher la tête par ses supérieurs si ses statistiques hebdomadaires ne sont pas en hausse, à étudier, non pas les écrits de LRH, mais les incessants programmes de RTC et de CMO imaginés par Miscavige, j’en passe et des meilleures.

Il n’aura pas le droit de surfer sur Internet, de regarder la télé, de lire les journaux, d’avoir un smartphone (sauf si son poste le requiert), de s’asseoir à la même table que CMO et RTC pendant les repas (à moins d’en faire partie). Il sera totalement coupé du monde extérieur.

Comme beaucoup d’autres avant lui, il ne tiendra pas le coup.

Le jour où il décidera de sortir de la Sea Org, ce sera un chemin de croix. Il recevra moult vérifications de securité (confessions forcées), sera mis en quarantaine pour ne pas infecter ses camarades avec des idées « négatives » et traité comme un paria. Puis il fera une « routing form » de sortie, recevra une facture pour tous les cours et toute l’audition qu’il a suivis pendant le temps qu’il passé dans la Sea Org, avec obligation de les rembourser (au prix fort) avant de pouvoir réintégrer l’église et, finalement, il signera un document dans lequel il s’engage à ne jamais rien révéler de ce qu’il a fait ou observé pendant son séjour dans le groupe. Ce processus de sortie peut prendre plusieurs mois.

Ou bien il prendra la poudre d’escampette sans crier gare et sera immédiatement excommunié. C’est encore la meilleure solution. De nos jours, être excommunié équivaut à une victoire – une victoire sur la pensée fasciste, sur la pensée unique.

Je conseille à ce jeune homme de lire (en cachette) le livre de Jenna Miscavige-Hill. C’est un ouvrage fascinant. Nous en reparlerons en détail la semaine prochaine.

Ce qu’il faut retenir du livre de Lawrence Wright

Le livre de Lawrence Wright, Going Clear – Scientology, Hollywood, & the Prison of Belief, est paru en janvier dernier aux USA. Avec un premier tirage de 150 000 exemplaires, Knopf, la maison d’édition, a mis le paquet. Lawrence Wright a multiplié les apparitions dans les journaux télévisés et les talk-shows et les plus grands medias ont publié des critiques positives sur son ouvrage.

On pourrait littéralement traduire le titre du bouquin par Atteindre l’état de Clair – La Scientologie, Hollywood, et la Prison de la Foi.

Le fil rouge de l’ouvrage est le réalisateur/scénariste oscarisé Paul Haggis. Nous le retrouvons tout au long du livre, de 1975, l’année où il est devenu scientologue, à 2009, l’année où il a publiquement quitté l’église en dénonçant ses dérives.

Lawrence Wright se sert du parcours de Paul Haggis pour « essayer de comprendre » comment quelqu’un d’intelligent peut se laisser embrigader par une philosophie aussi singulière que la scientologie. Le problème, c’est que ce qui est vrai pour Haggis est vrai pour Haggis. Même si on est d’accord avec beucoup de ses arguments, ça reste le point de vue de Haggis. Wright s’est servi de Haggis, un artiste très respecté à Hollywood, pour mieux vendre son bouquin.

Tout cela pour dire que Wright a été très fainéant. Et cela transparaît un peu partout dans son bouquin qui, au bout du compte, n’est qu’un copier-coller d’extraits d’autres livres parus au cours des trente dernières années, comme Le Gourou Démasqué, de Russell Miller (1987), ou Inside Scientology, America’s Most Secretive Religion, de Janet Reitman (2011).

La première partie du livre est consacrée à L. Ron Hubbard, depuis sa naissance en 1911 jusqu’à sa mort pour le moins mystérieuse en 1986. Le portrait que Wright dresse de Hubbard n’est guère flatteur. En gros, Hubbard a menti sur son passé et a mené une vie très loin d’être irréprochable. Il n’aurait jamais été ingénieur en physique nucléaire (c’est vrai), ses faits de guerre auraient été fortement exagérés, il n’aurait pas été aveugle et estropié après la guerre (c’est vrai), il aurait été bigame, et ainsi de suite. Bref, Wright s’efforce, comme beaucoup d’autres avant lui, de démontrer que si LRH était un menteur pathologique, c’est qu’il était un escroc et que la dianétique et la scientologie sont donc une vaste escroquerie. Pour atténuer son propos Wright admet, à contrecoeur, que la Dn et la Scn ont aussi apporté des bienfaits à pas mal de personnes. S’il est vrai qu’il existe de nombreuses zones d’ombre dans la vie de LRH, en particulier pendant les six dernières années de sa vie, il n’en reste pas moins qu’il laisse derrière lui une oeuvre colossale. Résistera-t-elle à l’épreuve du temps ? Là est la vraie question.

S’il y a une chose que l’on peut reprocher à LRH, c’est d’avoir entretenu une légende qui était fausse. Car c’est à nous maintenant de nous dépatouiller avec ça. Et Miscavige n’arrange pas les choses quand il nous présente LRH comme un dieu à chacune de ses méga sauteries tonitruantes en Cinemascope et en Clearsound.

La seconde partie du livre est consacrée à la mainmise de Miscavige sur l’église et à son obsession pour le pouvoir, l’argent et… Hollywood. Presque tout a été dit sur Miscavige et le livre ne fait que reprendre ce que nous savions déjà. Et lorsqu’on voit ce qu’est devenue la Sea Org, on se dit que plus vite elle disparaîtra, mieux la scientologie, en tant que philosophie et technologie, s’en portera.

Le grand problème de Wright, c’est qu’il n’a jamais pratiqué la scientologie et qu’il n’a donc aucun véritable point de comparaison qui lui permettrait de dire si elle est une technologie valide ou non. Il ne s’appuie que sur des opinions et des témoignages extérieurs, la plupart négatifs. C’est un peu maigre. Il termine son livre paresseusement en disant que les croyances des scientologues ne sont pas plus stupides que les croyances des chrétiens et que, au bout du compte, chacun est libre de croire en ce qu’il veut.

L’église de Miscavige peut s’attendre à ce que de nombreux autres bouquins du même accabit soient publiés dans un avenir proche. Apparemment, Tony Ortega, ennemi juré de l’église et de Hubbard, s’apprête à sortir un livre-choc.

Lorsqu’une église est en trahison, elle va inévitablement essuyer des tempêtes de plus en plus fortes, jusqu’au jour où elle sera engloutie par un tusnami.

P.S.: Le livre de Jenna Miscavige-Hill, la nièce du dictateur, est n°1 au Canada dans la catégorie « non-fiction ».