Déconnexion = Discrimination

déconnexion

Voici un billet très intéressant sur la déconnexion signé Marie-Antoinette. Partagez-vous son point de vue ?

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Il me semble utile de revenir sur la déconnexion en Scientologie qui a causé bon nombre de familles désunies, d’amitiés brisées, d’associations détruites.

Voici ce qu’en dit un site de relation publique de l’Eglise de Scientologie :

http://www.la-scientologie.fr/deconnexion/

Si un individu qui tente d’améliorer sa vie par la Scientologie se heurte à l’opposition acharnée d’une personne de son entourage, sa progression spirituelle est freinée.

Dans la majorité des cas, l’antagonisme naît de fausses informations sur la Scientologie, et rétablir la vérité met fin à cette situation. En dernier recours, lorsque toutes les tentatives pour régler la situation ont échoué, le scientologue peut décider de se séparer de cette personne jusqu’à ce que l’antagonisme prenne fin.

Une personne qui se sépare ne fait qu’exercer son droit de communiquer ou de ne pas communiquer avec une personne précise. C’est l’un des droits les plus fondamentaux de l’homme. Les membres des autres religions s’en servent depuis le début des temps lorsqu’ils se heurtent à ceux qui s’opposent systématiquement à la pratique de leur religion. Les Témoins de Jéhovah et les Amish pratiquent la ségrégation (une forme de déconnexion) et ce droit leur a été reconnu par de nombreux tribunaux aux Etats-Unis. Certaines congrégations juives orthodoxes pratiquent une forme extrême de déconnexion en mimant l’enterrement des membres apostats. La déconnexion de la Scientologie n’est ni nouvelle ni étrangère à l’histoire des religions.

Pour compléter ce qui est dit là, j’ajouterais l’excommunication catholique mais qui est cependant une pratique qui est tombée en désuétude mais qui fut par le passé une arme utilisée par le clergé catholique pour vaincre la dissidence. Tout à fait à la manière actuelle de l’Eglise de Scientologie.

Cette idée de déconnexion est introduite vers 1965. C’est un principe technique au départ. Si vous êtes connecté avec quelqu’un qui a des intentions contraires aux vôtres et qui perpétuellement vous opprime, pour récupérer votre liberté, vous pouvez déconnecter de cette personne.
Par exemple vous tenez à faire quelque chose et une personne de votre entourage veut vous décourager, vous invalide etc… Au bout d’un moment vous ne voulez plus le voir et vous le fuiez. Quoi de plus naturel ?

C’est à partir de là qu’est forgé le concept de « personne suppressive ». C’est le genre de pisse-froid qui veut vous empêcher de vous éclater comme vous voulez.
En 1965 la sciento est un truc moderne, et les anti sont de vieux réacs. Souvent le jeune scientologue (de l’époque des Beatles) est en révolte. Le baby boomer en pleine explosion. Les parents, profs etc… sont des vieux cons encore en noir et blanc avec chapeau, manteau, gros croquenots, chaussettes pendouillantes et haleine de chiotte. Coincés de partout, réfractaires à toute idée un peu nouvelle. La fameuse « middle class » (les « pigs » chez les hippies).
Ainsi naît le « suppressif ». A hostilité cachée (ou ouverte) sur l’échelle de ton, il fait perdre ses gains au pauvre préclair qui commence à faire des montagnes russes, du fait des invalidations du suppressif.  Et comme l’activité principale du suppressif est de stopper, on détermine qu’il est coincé sur la piste de temps essayant d’arrêter un incident qui est en train de le submerger. Plutôt intéressante comme idée.

Puis, la déclaration de suppressif devient plus politique, et touche plus ceux qui deviennent personna non grata par rapport à Hubbard ou certains dirigeants de l’église. Ça devient, d’après les policies, obligatoire de déconnecter de telles personnes. La déconnexion est née. Elle devient vite très impopulaire, générant beaucoup de problèmes. En 1968, dans son « code de réforme » Hubbard annule la déconnexion.

Et cette pratique disparaît de la scientologie qui vit dans les années 70 de très belles années de réelle expansion. Pour ceux qui sont arrivés dans les années 70, la notion de déconnexion n’a aucun sens. Elle est obsolète, passée, inconnue. Par contre, certains même se plaignent de n’avoir pas eu le droit de déconnecter de gens qu’ils ne pouvaient plus supporter. On les incitait à « manier », « mettre de l’ARC ». Il est vrai que des situations ultra tendues pouvaient se désactiver en cessant de créer de l’antagonisme, et en mettant de l’ARC. On est dans la résolution standard des situations PTS et ça marche bien. Le fait d’accorder l’être est l’élément principal.

En 1982, on expérimente une sorte de coup d’état. Hubbard n’est plus au poste de commandement. Une nouvelle structure appelé RTC (Religious Technology Center) coiffe l’église. Cette nouvelle structure est dirigée par le jeune David Miscavige (20 ans à l’époque), Pat Broeker et une nouvelles junte (qui sera par la suite décimée par Miscavige…)  Guillaume Lesèvre, Ray Mithoff, Vicky Aznaran, Marc Yager et Heber Jentzsch … s’emparent du pouvoir et virent les scientologues historiques qui étaient aux commandes : David Mayo classe XII, senior CS international, Marie Sue Hubbard femme de Ron et patronne du Gardian Office, Bill Robertson classe VIII, capitaine de la Sea Org qui avait ouvert la plupart des organisations avancées (en particulier Copenhague). Et de nombreux autres sont virés de la Sea Org, sans compter la destruction du réseau des missions qui sont ignoblement rackettées et mises sous coupe franche.

Mayo et Robertson crient au scandale, à la prise de pouvoir par des fascistes et créent des structures indépendantes de l’église pour délivrer la sciento : le Advanced Ability Center et la Ron’s Org.
Miscavige voit ses clients fondre comme neige au soleil. Les « rebelles » se passent le mot. RTC doit stopper l’hémorragie.
Dans de telles situations, il y a toujours le bâton et la carotte.
La carotte : fin 1982, une nouvelle charte de gradation est publiée promettant des niveaux d’OT de VIII à XV, que bien sûr ne possède pas la dissidence. Ni l’église apparemment. 32 ans plus tard, personne n’a jamais vu ces fameux niveaux d’OT. Miscavige n’a fait qu’inventer des prérequis inatteignables (toutes les orgs ST Hill size, toutes les orgs idéales) pour être sûr de ne jamais avoir à délivrer ces niveaux qui n’existent sans doute pas.

Ces niveaux étant la carotte, voyons le bâton, et venons-en à notre propos. On fait des déclarations SP à tour de bras. Et pour empêcher la contagion de la dissidence, il faut réinstaurer la déconnexion. Si les gens peuvent communiquer, c’est la fin. La scientologie s’est transformée en dictature totalitaire.
Le 10 septembre 1983 sort le HCOB « PTS ness and Disconnection ». Si vous avez fait le cours SP PTS et que vous ayez conservé votre pack, vous avez ce texte à portée de la main. Tout d’abord, il est question du droit de communiquer et de ne pas communiquer. Avec beaucoup de malignité, l’auteur du texte établit une relation avec des fondements, mais on sent qu’il a une idée derrière la tête. C’est au niveau des exemples que son intention se dévoile quand il glisse subrepticement l’idée que l’on doit déconnecter d’un groupe ou d’un individu déclaré suppressif par HCO. En fait, le seul but du texte est de faire digérer ce passage. Relisez le bulletin, vous verrez c’est enrobé dans quelques lieux communs pour faire avaler la pilule comme une loi fondamentale.

Je reproduis le passage et vous verrez qu’il n’est plus question de liberté de communiquer ou de ne pas communiquer mais bel et bien l’ordre explicite de déconnecter, avec lettre de déconnexion vérifiée par « l’officier d’éthique ».

« Un préclair est connecté à une personne ou un groupe qui a été déclaré suppressif par HCO dans un ordre d’éthique publié. Il doit déconnecter et, s’il veut en informer le SP, il peut écrire une lettre de déconnexion. Une telle lettre est très directe. Elle informerait de la déconnexion ainsi que de la raison. Elle ne serait pas émotionnelle ou accusative, ça ne servirait qu’à créer plus d’antagonisme. La lettre serait inspectée par l’officier d’éthique avant qu’elle soit envoyée, et des copies seraient gardées dans les dossiers d’éthique et de préclair de la personne. Aucune tentative ne serait faite pour communiquer avec le SP pour « clarifier les choses » ou essayer de l’amender. Amender le SP se trouve strictement entre les mains de HCO. Le PTS simplement déconnecte. »

Avant ce passage, le début du bulletin est plein de belles paroles sur le droit de communiquer ou de ne pas communiquer, pour finalement imposer la règle que je viens de citer. Ce genre de tactique 1,1 ne ressemble pas à Hubbard. Et d’après le témoignage suivant, il semblerait que ça ne soit pas Hubbard qui ait écrit « PTS ness and Disconnection », mais un certain Vaughn Young, qui a travaillé pour l’église qui déclare devant une court qu’il a agi sur l’ordre de David Miscavige et a écrit lui-même le texte :http://www.forum.exscn.net/showthread.php?19203-%93Earlier-disconnection-as-a-condition-was-cancelled-quot

Rien ne prouve que Vaughn Young ait dit la vérité, mais rien ne prouve non plus qu’il ait menti. Seule la production d’un document écrit de la main de LRH et rigoureusement authentifié pourrait lever le doute.

En tout cas, écrite ou non par Hubbard : « PTS ness and Disconnection » est une policy officielle de l’église. Ainsi qui pourrait dire, à l’instar de Tommy Davis, que la déconnexion n’existe pas ?

De la même manière, le petit texte de relation publique, cité au début, développe l’idée que la déconnexion est liée à l’histoire des religions .

Mais que citent-ils pour prouver la légitimité religieuse de la déconnexion ? Des groupes auxquels personnes en France ne voudrait être identifié, connus pour être rétrogrades (pardon si j’ai l’air de nourrir des préjugés). Ils citent des religions aux pratiques sectaires, l’extrémité de leur sectarisme étant des règles de ségrégation, c’est à dire d’atteinte aux droits de l’homme ! Celui qui a écrit cela a desservi sa cause. Mais peut-être n’était-ce qu’un avocat conservateur américain qui ne pensait qu’en terme de jurisprudence.

En 2009, une nouvelle crise de dissidence éclate. Les premiers rebelles sont Marty Rathbun (ex n°2 de RTC, co-acteur avec David Miscavige de la reconnaissance en 1993 par l’IRS)  et Mike Rinder (ex patron d’OSA int). Tous deux ont cotoyé David Miscavige d’extrêmement près, et ils témoignent du « hole » (le “trou”, la prison dans laquelle sont enfermés les “execs” en disgrâce), des accès de violence verbale et physique de leur patron, et de la façon dont il a pris le contrôle absolu et total de l’église. Nombre de Scientologues qui ont vécu des expériences similaires leur emboîtent le pas. Célébrités et Scientologues de haut nom rejoignent la dissidence. On ne fait plus de déclaration suppressive, en tout cas on ne les envoie plus au « coupable » pour éviter des poursuites en diffamation (ce n’est plus les policies de Hubbard qui sont appliquées mais les recommandations des avocats). Par contre la déconnexion marche à plein régime.

Et pour ceux qui l’ont expérimenté, elle emporte des membres de leur famille qui ne leur parleront plus jamais. Un mécanisme subtil étant que les gens qui pratiquent la déconnexion et qui ne peuvent ni avouer, ni s’avouer qu’ils appliquent simplement la policy, finissent par rechercher dans le caractère de celui ou celle dont ils ont déconnecté, des défauts prouvant qu’il était vraiment suppressif et qu’ils ne s’en étaient pas rendu compte. Pour que leur décision de déconnecter puisse apparaître comme auto-déterminée.

La règle sur la déconnexion est complètement en contradiction avec l’esprit fondamental de la Scientologie et  contrevient aux lois en vigueur sur la discrimination religieuse.

En effet, la déclaration de personne suppressive et la déconnexion est un exemple d’ostracisme parfait. L’apostat peut ainsi être privé de ses amis, de son travail et de sa famille.

Imaginez ce que dirait l’Eglise de Scientologie si des gens déconnectaient des scientologues, les privaient de leur famille et de tout soutient par un règlement édicté par le gouvernement en lutte contre les « sectes ». Obligeant les familles à abandonner leurs membres scientologues. L’église de Scientologie et ses membres porteraient plainte pour discrimination religieuse, et feraient remonter ça jusqu’aux instances européennes. Ils se plaignent déjà de subir des procès en sorcellerie (ce qui est quelquefois vrai). Mais aucun cas de discrimination organisée et élevée au rang de règlement n’a été signalé en France, en tout cas pas à ma connaissance. Et la France est le pays du monde dans lequel la Scientologie est le plus attaquée.

Ce qui veut dire que la discrimination organisée, et réglementée par l’Eglise de Scientologie dans sa forme actuelle, est sans commune mesure avec  celle qu’elle subit.

Il n’y aucun exemple notable en France de quelqu’un qui sur l’ordre de l’état (oui, une instance officielle comme l’église autrement ça ne se compare pas) aurait été privé de sa famille, de son travail ou de ses amis parce qu’il était scientologue.

Par contre, on pourrait citer des dizaines d’exemples de familles déchirées, d’amitiés détruites, d’associations rompues, relatées avec la pratique de la déclaration de personne suppressive et de la déconnexion.

Arnaque idéale

Montréal

Le programme des m(org)ues idéales a fait long feu. A part Bâle, inaugurée le mois dernier par Miscavige devant 800 scientologues suisses et allemands, aucune nouvelle org idéale n’a été ouverte au cours des 12 derniers mois.

Un article sur l’org de Montréal décrit parfaitement la situation.

Conseil d’ami : les gogos qui ont déboursé des fortunes pour l’org idéale de Paris devraient demander leur remboursement.