Retour en 1968

Le dernier billet de Mike Rinder nous ramène en 1968, alors que la tristement célèbre PL « Fair Game » vivait ses derniers jours.

J’en ai traduit l’essentiel, avec quelques commentaires personnels.

Commençons avec l’ED 1471 WW publiée le 31 mars 1968 par LRH. Le fondateur y sanctionne (par une baisse d’un cran de leur condition d’éthique) les responsables du dernier numéro (n° 35) du journal The Auditor pour avoir été « nuisiblement commerciaux » dans leurs articles et leurs annonces publicitaires, pour n’avoir pas mis suffisamment l’accent sur les publicités pour les livres, pour avoir mis l’accent sur la rapidité des cours au détriment de la valeur et de l’extrême précision de l’entraînement et, enfin, pour avoir été responsables de la baisse des ventes de livres. LRH prédit que si les choses continuent comme ça, les statistiques s’effondreront dans les six mois.

Ce texte est intéressant pour deux raisons. De nos jours, avec GAT II, l’accent est mis sur « la vitesse de l’entraînement » et la « vitesse à laquelle on progresse sur le Pont ». Quant à l’aspect commercial de la scientologie, il est PARTOUT. On demande de l’argent aux scientologues 24 heures sur 24.

Voici un scan de l’ED 1471 WW. Cliquez dessus pour l’agrandir.

Et voici maintenant un scan du n°35 de The Auditor publié au premier trimestre 1968.

On y parle effectivement beaucoup d’argent et de vitesse de l’entraînement et de l’audition. Quant aux livres, il n’y a qu’une seule annonce. Elle concerne Une nouvelle optique sur la vie.

Mais le plus intéressant, historiquement, est ailleurs. On découvre des choses fascinantes qui remettent certaines pendules à l’heure. Commençons avec la première page. (Pour agrandir chaque page, cliquez dessus.)

L’homme sur la photo n’est autre qu’Otto Roos qui, peu de temps après sera déclaré suppressif et vilipendé, tout comme la plupart des scientologues mentionnés sur cette page : Ray Kemp. Allan Walter. Baron Berez. D’ailleurs, tout au long des pages du journal, on retrouve des scientologues de la première époque qui ont connu le même sort. On ne compte plus les personnes qui étaient des « phares » de la scientologie et qui, brusquement tombées en disgrâce, ont été déclarées « suppressives » du jour au lendemain. Bref, il ne s’agit PAS d’un phénomène nouveau.

Sur la dernière page, la page 8, nous retrouvons à nouveau de nombreux scientologues qui sont devenus « suppressifs ». Parmi toutes ces personnes excommuniées, combien sont encore scientologues aujourd’hui ?

La page 3 est de loin la plus intéressante.

L’encadré « Racket Exposed » (littéralement, « trafic dévoilé ») choquera même les plus blasés d’entre vous. Cela commence avec une liste de scientologues déclarés suppressifs.

Au point 1, ils sont accusés d’avoir en leur possession, falsifié, altéré et distribué des « matériaux des niveaux supérieurs » qui en étaient encore au stade de la recherche et qui ne devaient pas être distribués. Ils auraient, sur l’instigation d’un psychiatre, volé ces matériaux dangereux dans le but de les utiliser pour semer la folie et la mort.

Au point 2, ils sont accusés d’avoir monnayé ces matériaux.

Au point 3, ils sont déclarés ennemis de l’humanité, de la planète et de toute vie.

Au point 4, ils sont déclarés « fair game » (« cible légitime » – également traduit parfois, éronnément, par « gibier de potence »).

Point 5 : Aucune amnistie ne pourra jamais être prononcée en leur faveur.

Point 6 : Si jamais ils mettent les pieds dans une division de qualifications, on devra leurs administrer des « reverse processes » (des procédés visant à les restimuler afin de les rendre fous ou malades).

Point 7: Tout membre de la Sea Org qui serait en contact avec ces personnes doit leur administrer le procédé d’audition R2-45.

Point 8 : Le Bureau des Poursuites Criminelles doit déterrer tous les crimes qu’elles ont commis dans le passé, les traîner devant la justice et les faire jeter en prison.

Signé : L. Ron Hubbard – Fondateur

C’est du lourd, du très lourd. Ici, nul second degré ou plaisanterie.

Ce qui paraît étrange, c’est que ces 12 personnes mises au pilori aient toutes commis le même « crime ». Quant au « crime » lui-même, il est plutôt vague. Falsification et distribution de matériaux « dangereux » ?… De quels matériaux s’agit-il ? En quoi sont-ils dangereux ? Ces personnes ont-elles été convoquées devant un comm-ev ? Ont-elles été entendues ou ont-elles été sommairement jugées coupables ? Ou avons-nous affaire à une chasse au sorcière initiée par un LRH revanchard ?

Les points 4, 6 et 7, en particulier, font froid dans le dos. A l’origine, R2-45 était une blague de LRH qui figurait dans « Création des aptitudes humaines ». Mais ici, le ton employé ne souffre d’aucune ambiguïté. LRH demande l’exécution pure et simple de ceux qu’il a déclarés suppressifs, ce qui s’aligne parfaitement avec la PL « La responsabilité des leaders », écrite l’année d’avant.

Certains vont rétorquer : Oui mais, il a annulé « Fair Game » un peu plus tard. Peut-être, mais la seule et unique raison pour laquelle il a officiellement annulé Fair Game, c’est parce que cela avait créé de mauvaises relations publiques. C’était juste pour calmer les esprits. Officieusement, la pratique de Fair Game s’est poursuivie avec l’aval de LRH.

Souvenez-vous de la fameuse devise : « Si ce n’est pas dans The Auditor, c’est que ça n’a pas eu lieu. » Eh bien, là, C’EST dans The Auditor et ça a VRAIMENT eu lieu.

Et pour ceux qui ont encore des doutes, voici l’ordre d’éthique qui a été reproduit mot pour mot dans The Auditor. Il y est précisé que cet ordre doit être diffusé à tous les scientologues (BPI – Broad Public Issue)  et publié dans The Auditor.

En page 4, il y a un article sur la tournée mondiale de John McMaster, le tout premier Clair. Lui aussi allait bientôt être déclaré « suppressif » bien qu’il ait été personnellement C/Sé et supervisé par LRH lorsqu’il a fait son Cours de Clearing. Etonnant, non ?

Les deux pages suivantes concernent la scientologie dans le monde et parlent de plusieurs scientologues éminents. Neville Potter est toujours scientologue et travaille comme espion pour Miscavige. Il a été la « ligne de comm » de Mary Sue Hubbard, de sa sortie de prison jusqu’à sa mort. De nos jours, il est chargé d’espionner Arthur et Suzette Hubbard, et Roanne, la fille de Diana qui s’est évadée de la Sea Org  il y a deux ans.

Quant à la show girl, Nikki Freedman, elle a été le bras droit de Mary Sue lorsqu’elle était Controller. Elle a quitté la Sea Org.

Un long article est consacré à l’écrivain américain William Burroughs qui a pratiqué la scientologie pendant une dizaine d’années. Burroughs était très impressionné par la tech mais a fini par claquer la porte en 1970 en fustigeant LRH dans plusieurs articles de journaux où il lui reprochait d’avoir mis sur pied une organisation totalitaire qui interdisait la liberté d’expression et de pensée.

Sur la page 6, nous trouvons d’autres noms de futurs « suppressifs ». Les 2,5% sont pulvérisés. Et ce n’est pas le régime Miscavige qui les a tous excommuniés.

Et, pour finir, voici la page 7. Comme le fait remarquer Mike Rinder, il serait intéressant, d’un point de vue historique, de mettre la main sur des numéros antérieurs de The Auditor. Peut-être en avez-vous conservé quelques-uns dans une vieille malle au fond de votre grenier.

Les nostalgiques de l’avant-Miscavige, quand la scientologie était « cool » et « thêta », risquent de ne pas beaucoup aimer ce qu’ils viennent de lire. Mais comme l’a dit si bien Georges Braque : « La vérité existe. On n’invente que le mensonge. »