Les mécanismes de contrôle de la scientologie

Certains se demandent peut-être pourquoi je ne parle pas davantage des déboires juridiques de l’église aux Etats-Unis, de sa politique de recentralisation à Flag, du fiasco phénoménal des morgues idéales ou du tourbillon de panique dans lequel est actuellement pris David Miscavige, petit dictateur couard et sadique qui règne sur une poignée de fidèles endormis et qui vient de tuer, coup sur coup, plusieurs poules aux oeufs d’or en transformant les lancements de GAT II et de Super Power, ainsi que la fiesta annuelle de l’IAS, en des non-événements floridiens dont on ne connaît toujours pas les dates. Oui, pourquoi n’ai-je pas parlé de tout cela ?

Ma réponse est simple : l’église de scientologie, telle qu’elle existe à l’heure actuelle, est embarquée dans une spirale d’autodestruction inexorable, alors pourquoi tirer sur l’ambulance ?

Non, ce qui me paraît bien plus intéressant, c’est de comprendre comment bon nombre d’entre nous, scientologues et ex-scientologues, avons pu adhérer à une idéologie qui s’apparente à celle de la Corée du Nord. Car, ne nous y trompons pas, la scientologie, quelle que soit la valeur de sa technologie, est un mouvement aussi dangereux et néfaste pour l’humanité que l’ont été le nazisme, le maosime ou le stalinisme.

J’ai largement puisé dans plusieurs interviews récentes de Jefferson Hawkins, ex-responsable du marketing international de la scientologie. Son analyse de la nature de l’éthique scientologique est claire, précise et non dénuée de bon sens. C’est Tony Ortega qui a publié ces interviews.

C’est parti.

Projetons-nous d’abord 63 ans en arrière aux Etats-Unis. Lorsque LRH publie en 1950 La Dianétique – La Science Moderne de la Santé Mentale, le livre est un succès inattendu qui propulse son auteur sur le devant de la scène. Ce qu’il propose dans son livre, c’est une thérapie (l’audition) qui permet de débarrasser l’individu de tous les traumatismes qui lui pourrissent la vie depuis la conception. Le mot clé, ici, est thérapie. Dans son livre, Hubbard promet la lune : un individu « clair » qui ne tombe plus jamais malade et qui baigne dans une joie de vivre permanente – et ce, sans l’aide de médicaments ou de traitements médicaux. Ni une ni deux, les gens commencent à s’auditer entre eux et des groupes d’auditeurs se forment spontanément aux quatre coins du pays.

Aussitôt, le monde de la médecine et de la psychiatrie hurle au charlatanisme, attaque violemment Hubbard dans les médias et tente de récupérer le sujet et de le tuer dans l’oeuf. Hubbard, seul contre tous, sombre peu à peu dans la paranoïa – une paranoïa qui, au fl des années, se traduira par une idéologie de plus en plus extrémiste et isolationniste dans laquelle tout individu qui n’est pas d’accord avec lui ou avec la scientologie doit être considéré comme un ennemi à abattre.

Et c’est ainsi qu’est né le système d’éthique de la scientologie qui est un mécanisme de contrôle vicieux destiné à maintenir les adeptes dans le rang.

Première étape : redéfinir le mot « éthique » et démontrer que l’humanité va mal car elle ne possède pas une « vraie technologie de l’éthique ».

L’éthique est l’ensemble des actions que l’individu applique à soi-même.

Ici, la notion de bien et de mal inhérente à l’éthique a disparu. L’éthique devient une espèce d’action autorégulée – l’individu « met son éthique en place », pour employer le jargon scientologue. Oui, mais comment met-on son éthique en place ? En appliquant la technologie de l’éthique, bien sûr !

Sans une technologie de l’éthique, l’individu est incapable de mettre l’éthique en place sur lui-même et de s’empêcher de commettre des actes anti-survie. Résultat : il entame sa propre destruction. Il ne remontera la pente que s’il utilise la technologie fondamentale de l’éthique et qu’il l’applique à lui-même et aux autres.

Le décor est planté. Toutes les vieilles définitions de l’éthique sont périmées et vaseuses. Par bonheur, la scientologie peut vous enseigner ce qu’est vraiment l’éthique.

Des termes tels que bien et mal, vivant et mort, bon et mauvais ne sont utilisés qu’en conjonction avec des échelles graduées.

Autrement dit, si vous croyez savoir ce qui est bien ou ce qui est mal, vous faites fausse route. Si vous vous demandez si c’est bien ou mal de faire telle ou telle chose, la vraie réponse est : ça dépend.

En effet, l’éthique, c’est l’application de la raison pour le plus grand bien (le plus grand nombre de dynamiques) – mais de façon autodéterminée. Sauf que l’individu ne saurait être autodéterminé et éthique que s’il apprend et connaît la technologie de l’éthique.

La solution optimale à un problème serait toute solution qui serait la plus bénéfique pour le plus grand nombre de dynamiques.

Ce qui ouvre la porte à : La fin justifie les moyens. et à : On ne peut pas faire d’omelettes sans casser des oeufs.

C’est ce genre de raisonnement qui fait que le scientologue lambda va commettre des actes stupides, répréhensibles ou illégaux en prétextant que « c’est pour le plus grand bien ». Ce genre de raisonnement justifie tout : le mensonge, le chantage, la manipulation, la déconnexion.

Cela justifie également qu’on sacrifie ses première et deuxième dynamiques au profit des buts de troisième et quatrième dynamiques de la scientologie. Un scientologue qui serait trop centré sur ses première et deuxième dynamiques serait très mal vu et forcé de réétudier la technologie de l’éthique, voire sanctionné par l’éthique.

En outre, une personne qui ne serait pas à 100% engagée dans des activités de troisième et quatrième dynamiques a probablement des « overts » et des « retenues ». « Overt » est un mot inventé par Hubbard qui signifie : péché, action antisurvie. Et une « retenue » est un overt, un péché, un acte antisurvie dont la personne ne veut pas parler.

En scientologie, les overts et les retenues sont principalement des péchés ou des mauvaises pensées à l’encontre de Hubbard, Miscavige ou du sujet lui-même de la scientologie. Ce sont les seuls overts et retenues qui intéressent l’église.

Tant qu’on ne se sera pas délesté de ses overts et de ses retenues, on ne retirera aucun bienfait de l’audition et on n’appartiendra pas vraiment au groupe – telle est la rengaine que l’église assène à ses paroissiens. Pour confesser ses péchés et ses mauvaises pensées, la personne peut soit les rédiger sur des feuilles de papier qui seront ensuite classées dans son dossier d’éthique, soit les communiquer à un auditeur dans le cadre de confessions (security checks) à l’électromètre. Tout overt ou mauvaise pensée à l’encontre de l’église, de Hubbard ou de dirigeants de l’église sont notés par l’auditeur qui les transmet ensuite à l’officier d’éthique qui les classe dans le dossier d’éthique de la personne. Ces informations pourront être utilisées contre la personne si cela s’avère nécessaire.

Dans la religion catholique, les péchés confessés au prêtre le sont verbalement et demeurent strictement entre le paroissien et son confesseur. En scientologie, les péchés sont soigneusement consignés par écrit et potentiellement utilisables pour faire chanter le paroissien.

Confesser ses péchés peut apporter un grand soulagement. La valeur spirituelle ou thérapeutique de la confession est avérée. C’est ainsi que l’église de scientologie justifie les incessants sec checks qu’elle fait subir à ses paroissiens.

Hubbard, à mesure que sa paranoïa augmentait, a décrété que toute personne qui était en désaccord avec la scientologie ou avec lui avait automatiquement des overts contre l’église et contre lui, ce qui faisait de la personne un ennemi qu’il fallait détruire par tous les moyens. Ce raisonnement simpliste et fallacieux est à la base de tous les gros dérapages et de toutes les dérives qui ont eu lieu au cours des quarante dernières années (création de l’organisation paramilitaire appelée Sea Org, opération Snow White, condamnation de Mary Sue, excommunication de milliers de scientologues en 1983, évasion fiscale de LRH dans les années 70, puis durant les dernières années de sa vie, etc, etc).

Une autre donnée simpliste et fallacieuse du même accabit a été que les scientologues qui « blowaient » (quittaient la scientologie) avaient forcément des overts et des retenues contre l’église.

Si on suit ce raisonnement, quelqu’un qui quitte son job pour aller travailler ailleurs a forcément des overts et des retenues contre sa boîte. Sauf qu’on lui a peut-être offert un travail plus intéressant et mieux rémunéré. Ou bien une femme battue qui quitte son mari a forcément des overts contre lui.

Et les pires pécheurs de tous, ce sont les scientologues qui quittent la scientologie parce qu’ils en ont assez de son régime fasciste et de recevoir vingt coups de fil par jour de l’IAS. Ceux-là, c’est sûr, ce sont des criminels bourrés d’overts et de retenues qu’il faut absolument mettre hors d’état de nuire.

Il reste encore beaucoup de choses à dire sur la « technologie » de l’éthique scientologique mais je m’arrêterai là pour aujourd’hui car il faut absolument que j’aille au plus vite confesser mes derniers péchés.