Un message de Pierre Robillard à tous les scientologues canadiens

Ce message de Pierre Robillard s’adresse à tous les scientologues canadiens francophones.

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Mon nom est Pierre Robillard et je suis scientologue depuis 1969. J’ai été membre du personnel pendant près de 25 ans, surtout à  Montréal, et j’ai occupé la plupart des postes clés, tel que directeur-exécutif, superviseur des cas, etc.

Parce que j’étais là à ses débuts, j’ai toujours considéré l’org de Montréal comme une de mes responsabilités. Et j’ai toujours eu (et ai encore) une grande affinité pour cette org et tous les gens qui en font partie.

Je ne fais plus partie de l’Église de Scientologie traditionnelle depuis novembre 2012. Je suis un scientologue indépendant.

Le but de cette lettre est de communiquer mon désaccord vis-à-vis de l’interprétation faite de nos jours de la lettre de règlement  » L’Org Idéale. »

Il y a près de 6 ans, les paroissiens montréalais ont acheté un building et, depuis un mois, une campagne pour rénover ce building dans le but d’avoir une org idéale qui bat son plein.

Si quelqu’un étudie scrupuleusement cette lettre de règlement, il remarquera que la vocation principale d’une org idéale est de faire des clairs et des auditeurs compétents et de créer de nouveaux scientologues. L’org idéale est propre et attrayante sans être un palais royal. Mais le passage le plus important de cette lettre de règlement mentionne que l’org idéale SERAIT CONSTRUITE ÉTAPE PAR ÉTAPE EN POLISSANT ET EN AMÉLIORANT TOUTES LES FONCTIONS DE L’ORG.

C’était la façon d’opérer dans les années 70 et 80 et le programme d’anniversaire pour arriver à la taille de Saint Hill visait essentiellement à obtenir une org idéale en appliquant les règlements, avec comme récompense la mise au clair et plus des membres du personnel. L’org de Montréal a connu au début des années 80 une prospérité inégalée. Les annonces à la radio (CKOI) produisaient une vente minimum de 250 livres de Dianétique à des nouvelles personnes en une semaine. Les groupes de BOOK ONE (audition utilisant les méthodes prescrites dans le livre DSMSH) foisonnaient. Les heures d’audition atteignaient 450 heures par semaines. L’académie était remplie de gens qui étudiaient pour devenir des auditeurs et terminaient leurs cours. Les préclairs terminaient les grades et atteignaient le niveau de Clair.

Aujourd’hui, tout cela n’existe plus. On ne fait plus d’auditeur à Montréal. Ou si peu. En date de novembre 2012, il n’y avait pas d’auditeurs produits à Montréal depuis 1995. Ceux qui ont terminé des cours d’auditeur ont refait les classes avec l’âge d’or de la tech ou ont étudié à Flag ou ailleurs. On m’a présenté des listes d’auditeurs mais aucun auditeur n’a été produit à Montréal depuis 1995. Je pourrais élaborer davantage mais ce n’est pas le but de cette lettre. Sur le Web, il y a un site intitulé « Les amis de LRH » qui explique la différence entre la tech de LRH et la tech après la mort de LRH.

Voici comment on interprète de nos jours la lettre de règlement « L’org idéale. » On achète et rénove un building avec des spécifications extrêmement précises (lieu, taille, thème d’architecture, etc) et, bing, on a une Org Idéale ! On oublie l’étape première qui est de former les membres du personnel, faire des clairs et des auditeurs. L’org idéale est une bâtisse financée et rénovée au prix fort par les paroissiens et après on se débrouille avec ça.

A Toronto, on leur dit que lorsque le building sera totalement rénové, (en décembre 2012, il restait $7 millions à recueillir), un million de Torontois vont envahir l’org idéale par année et deviendront comme par magie des scientologues. Dans le film « Field of Dreams », le héros joué par l’acteur Kevin Costner entend des voix qui lui disent : « Build and they will come! » (bâtissez et ils viendront). Mais un building par lui-même ne fait pas des clairs ni des auditeurs.

Il y a un concept en Scientologie qu’on appelle BE-DO-HAVE (ÊTRE-FAIRE-AVOIR). Pour avoir ou obtenir quelque chose, il faut être ou avoir une certaine identité et agir en conséquence. Obtenir un building comme priorité est hors-séquence. C’est mettre la charrue avant les bœufs. Pour obtenir une org idéale, il faut être un staff ou un public actif, agir selon les lettres de règlement, faire des clairs, faire des auditeurs et des nouveaux scientologues et peut-être, éventuellement, acheter un building plus spacieux.

De plus, un building, c’est du MEST. On fait de la Scientologie surtout dans les niveaux d’OT pour atteindre des niveaux de spiritualité plus élevés et non pour s’étouffer dans le MEST. Quiconque dit le contraire n’est pas dans la bonne religion.

Nulle part dans les HCO PL de LRH trouve-t-on une mention de l’IAS, encore moins de Patron, Humanitaire et OT ambassadeur. Les PLs sur les memberships parlent d’une cotisation de $30.00 par an ou $75.00 à vie.

Il y a 2 lettres de règlement de base concernant l’achat de buildings. Dans la HCO PL « Building Fund Account » du 18 janvier 1965, il est écrit : « Chaque semaine, un pourcentage du revenu hebdomadaire doit être assigné au Fonds pour le Building, sans faute. Ce fonds sert à acheter un building et aucune autre solution est acceptable. »

Dans la PL « Ce que vous payez avec votre donation » (paiements pour l’entraînement et audition), il est écrit : « Où va votre argent ? La majorité de votre argent reste dans l’org pour s’assurer que le public ait un local pour recevoir de l’entraînement, l’audition et les matériaux, qu’il y ait de la promotion et que la qualité soit standard et efficace. »

AUTREMENT DIT, EN PAYANT POUR VOTRE PONT, TOUT LES FRAIS CONCERNANT L’ACHAT D’UN BUILDING SONT INCLUS. C’est ce que LRH a toujours écrit et l’org de Montréal sur Papineau et l’org de Toronto sur Yonge ont été achetées fin 70 avec les Réserves de la Sea Org.

Ce qui va se passer à Montréal, est ce qui se passe actuellement à Toronto.

J’ai déjà mentionné qu’à Noël 2012, il y avait encore $7.5 Millions à collecter. Il y a un tableau de Reconnaissance qui affiche les noms des donateurs en respectant les montants donnés. Par exemple, un Humanitaire a un statut plus élevé que Bienfaiteur ou Équipe Canada. Carol Nolan, en charge du projet étudie ce que vous avez déjà payé, votre potentiel (économies, REER, possibilités de prêts, héritage, deuxième hypothèque, etc) et décide du montant que vous devez payer. Autrement dit, on est très loin du pan-déterminisme et du but initial : MONTER LE PONT.

Il y a eu, à Toronto, 55 événements (soirées) pour l’org idéale de Toronto en moins d’un an. Chaque événement comprend la plupart du temps de la bouffe, de la musique, la remise des récompenses pour ceux qui ont contribué, un speech et, principalement, différents jeux pour collecter de l’argent. Un petit dépliant sur papier glacé en couleur de 4 pages est envoyé toutes les 3 semaines à Toronto et à travers le Canada pour informer et inciter les gens à donner davantage.

A qui profitent ces collectes? A CEUX QUI TRAVAILLENT À PRENDRE VOTRE ARGENT.

À Montréal, c’est Guy Peloquin et autres regs/FSM tel Robert Aumais. Les commissions pour ceux qui aident à récolter des fonds varient de 1% à 10%. Le reste va directement dans les réserves de la Sea Org ou de l’IAS.

Le pire dans tout ça, c’est qu’il est impossible d’avoir par écrit le montant des recettes et dépenses pour l’org idéale. Aux États-Unis, il y a des gens ayant investi jusqu’à 1 million pour une bâtisse qui voulaient savoir comment les fonds étaient dépensés et ils ont reçu une fin de non-recevoir, et quand ils ont insisté, ils ont finalement été expulsés de la Scientologie et déclarés suppressifs. Il y a plusieurs sites sur le Web qui expliquent ce phénomène.

Maintenant, admettons que la bâtisse de la rue Ste-Catherine devienne l’org idéale de Montréal. Qui en sera le propriétaire ? Pas l’org de Montréal. Pas les paroissiens qui auront tout financé. Comme aux États-Unis, ce seront des avocats inconnus. Comme partout ailleurs, les frais d’électricité et de téléphone seront beaucoup plus élevés – en plus de devoir payer chaque semaine au Landlord International un pourcentage pour occuper la bâtisse.

Mais là encore, est-ce que ça en vaudra la peine ? Il y a des dizaines d’exemples à travers le monde qui démontrent que ça n’en vaut pas la peine. Prenez l’org idéale de Cambridge (l’ancienne org de Kitchener. Elle avait recruté plus de 120 membres du personnel en décembre 2012 et maintenant il n’y en a plus que 65. Son revenu est de moins de $3000 par semaine. On y applique actuellement la condition de non-existence et on espère avoir la taille de Saint Hill en juillet 2014.

Mais pour un Montréalais, c’est beaucoup plus facile de trouver la réponse. Nous sommes très près de Québec qui a une org idéale depuis environ 5 ans.

Relisez la PL « L’org idéale » et comparez ce qui est écrit avec les statistiques principales de l’org de Québec (pas de stats farfelues mais les vraies stats d’une org : les services terminés et payés (paid completions), les wdh, les points d’étudiants, les nouveaux scientologues). Sans vouloir insulter l’org de Québec, ce n’est pas ce qui se passe. Combien de clairs Québec a-t-il produit depuis 5 ans ? Combien d’auditeurs ? Est-ce que le contrôle du PR (relations publiques) s’est amélioré? J’en doute. Le Narconon Trois-Rivières a été fermé par les services sociaux.

Est-ce que les staffs (il y en avait plus de 100 il y a 5 ans) sont à l’org à plein temps, montent leur pont et ne travaillent pas à l’extérieur (moonlighting) ? J’en doute. On ne nous parle plus que des cours des Basics (fondements). Moi, je parle d’auditeurs et de la route d’entraînement tracée par LRH. Actuellement, on ne nous parle plus que de l’Âge d’Or de la Tech n°2 qui va bientôt arriver et tout révolutionner. Ce ne sont que des paroles.

Pour contrer mon exposé, on va utiliser plusieurs stratagèmes. Premièrement, L’Église de Scientologie par l’intermédiaire du Bureau des Affaires Spéciales à Montréal (Jean Larivière) va envoyer à tous ceux qui auront lu ma lettre une panoplie de documents qui sont censés réfuter mes arguments. Là encore, relisez les PLs « L’Org idéale », « Le building fund account » et « Ce que vous payez avec votre donation ».

Il n’existe aucune PL écrite par LRH qui peut justifier l’IAS ou le programme actuel des orgs idéales.

On va aussi m’attaquer personnellement. On va dire que ca fait très longtemps que je ne suis pas sur les lignes, que je suis un rebelle, que je suis un apostat (un grand mot pour dire que j’ai renoncé à ma religion). Ce n’est pas vrai. Je n’ai pas renoncé aux écrits de LRH et je me considère être scientologue (comparez les mouvements scientologues indépendants avec le schisme entre les catholiques et les protestants au Moyen-âge et à la Renaissance). On va dire que je suis un squirrel. Il y a un vieux principe en Scientologie qui stipule que souvent les gens qui vous accusent d’actes néfastes ont en fait commis le même genre d’actes néfastes. Si appliquer à la lettre les lettres de règlement mentionnées dans le paragraphe précédent est un acte squirrel, alors je préfère être un squirrel.

On va dire que je suis influencé par quelques têtes fortes qui sont des SPs.  Je sais lire et observer.

On va aussi dire que j’aurais dû utiliser les lignes de commande de la Scientologie pour communiquer mes désaccords. Mais il n’y en a plus de lignes.

Il y a certains OTs de Montréal qui croient que tout ca n’est que peccadille ou arbitraire qui va se régler aisément. Permettez-moi en douter.

J’ai travaillé 70 000 heures en tant que staff et perçu en salaire $70 000 en 25 ans (taux horaire : $1.00). Cela n’a aucune importance si la philosophie et la tech de LRH demeurent intactes.

Je crois qu’un vrai scientologue doit faire en sorte que la Scientologie fonctionne. Je crois qu’un vrai scientologue doit regarder et non juste écouter. Il ne doit pas avoir peur de mettre sa vie en danger.

Je sais que la plus grande peur des scientologues et surtout des OTs est de perdre son Futur, son Éternité. Moi je dis que l’intégrité est ce qu’il y a de plus important. Un scientologue indépendant a dit : « Je n’ai pas perdu mon éternité. Je l’ai retrouvée. »

Merci de m’avoir lu.

Pierre Robillard

Le rundown de la vérité ou comment conditionner les scientologues

Dans cette interview réalisée par Mark Bunker, un ex-membre de la Sea Org, Bruce Hines, raconte comment on conditionne les « fauteurs de troubles » condamnés au RPF (Rehabilitation Project Force – le camp de « réinsertion » de la Sea Org). On appele ça le « Truth Rundown » (le rundown de la vérité).

Lorsqu’une personne débarque dans le RPF, on rassemble tous les rapports de connaissance, ou autres, qu’elle a écrits et dans lesquels elle dit des choses considérées comme négatives sur un membre du personnel, sur les cadres superieurs de l’église et son top management, sur la scientologie et sur L. Ron Hubbard. Puis, on les classe par ordre d’importance.

Ensuite on s’en sert pour soumettre la personne à une longue série de sec checks (confessions). L’auditeur lui demande : « Dans ce rapport tu as écrit telle et telle chose. Quand exactement as-tu observé cela ?

Réponse : Quand David Miscavige a donné un coup de poing dans le ventre à Ray Mithoff.

Auditeur : Très bien. Maintenant va jusqu’au tout premier moment où tu as observé cela.

La personne trouve un premier moment où elle a vu Miscavige agir de la sorte.

Auditeur : Bien. Juste avant d’observer ça, quel overt (acte nuisible) as-tu commis ?

Donc, en fait, la personne doit trouver ce qu’ELLE  a fait de mal avant d’observer ce qu’elle a observé.

L’idée derrière tout ça, c’est que la personne a mal observé, qu’elle s’est trompée, qu’elle a halluciné.

La personne va alors trouver un overt, puis une chaîne d’overts similaires. Lorsqu’elle a trouvé le tout premier overt de la chaîne, on lui demande : « Y avait-il un but malveillant ou une intention destructrice qui t’a incité à commettre cet overt ? »

Autrement dit, maintenant que la personne a trouvé l’acte nuisible qu’elle a commis, elle doit trouver ce qu’il y a de mauvais et de malveillant en elle, le mal intérieur qui la ronge et qui l’a poussée à avoir une fausse observation, une hallucination. Puis, elle doit « effacer » cette intention destructrice.

Toutes les choses que la personne a dénoncées dans ses rapports sont traitées de cette façon.

Ensuite, on  pose une série de questions du genre « As-tu déjà dit des choses négatives sur la scientologie ? » As-tu déjà dit du mal de L. Ron Hubbard à quelqu’un ? » Et ainsi de suite – une liste interminable de questions de cet accabit, avec la procédure décrite ci-dessus. La « cognition » (prise de conscience) qu’on attend de la personne, c’est qu’elle a imaginé tout ce qu’elle a observé, qu’elle a halluciné. Cela fait partie du « phénomène final » (résultat demandé) de toutes ces actions.

Le tout dure généralement des mois. Tous les jours, la personne recherche le mal qui est ancré en elle.

Et lorsque ce programme est terminé, la personne pense que tout le monde est génial et que ce sont ses intentions destructrices qui l’ont fait halluciner. Tant qu’elle n’a pas eu cette cognition, elle reste sur le RPF. Il y a d’autres actions que la personne doit accomplir avant de sortir du RPF, mais cette interminable série de sec checks est la plus importante.

Vous avez dit inquisition ?

Les homo novis de l’âge d’or de la connaissance – éloignez vos enfants de votre ordinateur

Ces sept minutes de musique assourdissante et de scientologues qui s’expriment par onomatopées constituent un spectacle fascinant. Propres sur eux, récitant fidèlement la ligne du parti, ils sont l’avenir de l’humanité.

Si vous tenez jusqu’au bout, vous pouvez aller attester votre cours de TRs à la dure.

Mémoires d’un guerrier de la scientologie – Résumé – Partie 1

 

warrior

J’ai traduit « Memoirs of a Scientology Warrior » par « Mémoires d’un guerrier de la scientologie », plutôt que par « Mémoires d’un guerrier scientologue ». Pourquoi ? Parce que Marty Rathbun, aujourd’hui, ne se considère plus comme scientologue.

Dans le résumé qui suit, je me suis attardé sur les faits qui, pour moi, sont les plus significatifs. Il couvre un peu plus du premier tiers du livre. La suite dans quelques jours.

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Dans le premier chapitre de son livre, Marty raconte qu’il vient d’une famille très perturbée. Lorsqu’il a cinq ans, sa mère, suivie depuis des années par des psychiatres, se suicide en se jetant du Golden Gate Bridge. Ses deux frères aînés ne s’en remettront jamais. Le plus âgé, Scott (huit ans de plus que Marty), diagnostiqué « schizophrène », passera la majeure partie de sa vie adulte en hôpital psychiatrique. Son autre frère, Bruce (quatre ans de plus que Marty), fera des allers-retours en hôpital psy avant de mourir poignardé à 27 ans au cours d’une rixe dans un bar.

A la fin des années 2000, quand l’église de scientologie démarre sa campagne de haine contre Marty, elle se sert de ses antécédents familiaux pour tenter de convaincre les médias et les scientologues qu’il est fou à lier et qu’il vient d’une famille de cinglés – bref, que c’était génétique, invalidant au passage toutes les théories dianétiques. Tout cela, bien entendu, venait de ses dossiers confidentiels de paroissien. Au cours d’une séance d’audition, Marty avait contacté un incident prénatal dans lequel sa mère avait reçu des électrochocs alors qu’elle était enceinte de lui. Le choc avait éjecté Marty du corps du fœtus (la première extériorisation de sa vie présente) et il était resté là à regarder la terrible scène en se demandant s’il devait réintégrer le corps ou aller se réincarner ailleurs. Finalement, il opta pour la première solution.

Mais quelque chose tarabustait Marty : cet incident était-il réel ou imaginaire ? En effet, sa famille ne lui en avait jamais parlé. Quelque temps plus tard, il raconta l’incident à sa tante, qui, stupéfaite, le confirma.

Je passe rapidement sur l’enfance et l’adolescence de Marty : un père qui se remarie deux fois, deux frères traumatisés par le suicide de leur mère et qui détestent ses « remplaçantes » et Marty qui tente, en vain, de faire régner un semblant de paix familiale.

Dans les années 70, quand la famille s’installe à Laguna Beach, en Californie, il se prend de passion pour le basket-ball. Il joue d’abord au streetball et rencontre un jeune marginal qui l’initie au Tao. Puis, il intègre l’équipe du lycée dont il devient rapidement un joueur clé. Au cours d’un match, il extériorise avec toutes les perceptions et prend conscience de sa nature spirituelle. Il prend également conscience d’un rapport télépathique avec l’un des joueurs avec lequel il multiplie les passes à l’aveugle.

Alors que Marty est dans sa dernière année de lycée, son frère Bruce est renvoyé de l’armée pour comportement violent et enfermé à l’asile d’Oakland. Marty réussit à le faire sortir et s’occupe de lui comme il peut en faisant avec lui de longues randonnées et autres activités en plein air.

Puis suivent deux années de fac passées surtout à prendre des drogues hallucinogènes et à essayer diverses techniques de méditation avec plus ou moins de succès. A l’été 1977, Rathbun arrête la fac avec l’intention de voyager et de devenir écrivain comme ses héros, Kerouac et Hemingway. Il fait des petits boulots en Oregon et en Californie. Un jour son père lui téléphone : Bruce a rechuté et a été enfermé à l’hôpital psy de Portland. Marty s’y rend immédiatement. Il s’agit de l’hôpital de Dammasch, là où a été tourné Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il réussit à nouveau à faire sortir Bruce et s’installe avec lui dans un minuscule appartement qu’il a loué avec ses maigres économies. Mais Bruce est très vite repris par ses vieux démons, se fait arrêter et se retrouve à nouveau à Dammasch. Marty jette l’éponge. Il ne peut rien pour son frère. Il décide de prendre le bus et de partir pour le Mexique. Il est temps pour lui de vivre sa vie.

Alors qu’il se rend à la gare routière pour prendre le bus, il rencontre Mark, l’un des « body routers » de la mission de Portland. Les « body routers » sont les employés d’une mission ou d’une église de scientologie qui écument les rues pour trouver de nouveaux paroissiens. Marty les croisait de temps en temps dans la rue mais n’avait eu, jusque là, aucune véritable conversation avec eux. Avant de prendre son bus, Rathbun demande à Mark de lui dire ce qu’est la scientologie. Mark lui dit qu’en essence, la scientologie est spécialisée dans la communication. Cela éveille l’intérêt de Marty car soudain il se dit que s’il améliore son niveau de communication, peut-être pourra-t-il aider son frère après tout.

Au lieu de partir pour le Mexique, Rathbun s’inscrit au cours de communication et découvre les TR de 0 à 4 qui, à l’époque, se font à la dure. Sur le TR 0, il en bave. Un jour, il découvre qu’il peut être là, à l’aise et confronter, et il extériorise avec toutes les perceptions. Mais cette fois-ci, son extériorisation ne dure pas quelques secondes mais de longues minutes. Il en informe son superviseur qui lui dit qu’il a réussi l’exercice et qu’il peut « redescendre » quand bon lui semblera. Qu’il savoure cette victoire.

A partir de cet instant, Rathbun est totalement converti. Il termine son cours, puis lit le Livre Un de la dianétique. On l’informe aussi sur les différents niveaux du tableau des grades. Il trouve un boulot et va quotidiennement voir Bruce (son frère) à Dammasch. Peu à peu, il parvient à entrer en communication avec lui et à le convaincre qu’il existe une sortie de secours : la dianétique et la scientologie. Entre temps, il achète des livres, le cours de la casquette de l’étudiant (sudent hat) et un électromètre, ce qui lui mange toutes ses économies. Il réussit à faire sortir Bruce une fois de plus. Il l’emmène à la mission et là, patatras, on lui annonce que son frère ne peut être audité à cause de ses séjours répétés chez les psys. Bruce le prend très mal et se referme comme une huitre, cessant de communiquer avec Marty qui ne sait plus quoi faire pour lui remonter le moral.

Il commence le Student Hat à la mission et se prend KSW 1 de plein fouet. Il comprend très vite qu’il ne pourra pas continuer à étudier la scientologie s’il n’est pas à 100% d’accord avec les règles dictées par KSW, lesquelles demandent une soumission aveugle qui est en contradiction totale avec le fait de penser par soi-même. Finalement, il laisse son intégrité au vestiaire et décide d’adhérer, à contrecœur, à ces règles en raisonnant que c’est la seule façon pour lui de continuer à étudier la scientologie et peut-être de sauver son frère. Ce n’est que 30 ans plus tard qu’il comprend son erreur en lisant L’Âge de Raison, de Thomas Paine : Lorsqu’un homme a corrompu et prostitué la pureté de son esprit au point de souscrire à des choses en lesquelles il ne croit pas, il s’est préparé à commettre n’importe quel crime.

Peu après, un recruteur de la Sea Org arrive à la mission de Portland et convainc Marty de signer un contrat d’un milliard d’années en lui assénant l’argument massue : Grâce à la Sea Org, Marty va pouvoir contribuer à nettoyer le domaine de la santé mentale.

Marty se retrouve à Los Angeles dans le complexe immobilier (en pleine rénovation) du Cedars of Lebanon Hospital qui couvre tout un pâté de maisons à la lisière du centre ville et qui regroupe l’org Classe IV de Los Angeles, l’org avancée qui dispense les niveaux supérieurs, la maison d’édition (Pubs Org, qui, plus tard, deviendra Bridge publications), et le QG du management de la Côte Ouest. Ces bâtiments, construits dans les années 30, ont été rachetés par l’église pour une bouchée de pain dans les années 70. Rathbun se retrouve sur le EPF (Estates Project Force), stage d’initiation à la Sea Org : cinq heures de travaux manuels et cinq heures de cours consacrés à l’étude des Flag Orders (règlements de LRH relatifs à la Sea Org) et des conférences de Hubbard traitant exclusivement de la Sea Org et de sa raison d’être : remettre l’éthique en place sur la planète et lui apporter la santé d’esprit en dépit des efforts des ennemis de la scientologie pour l’en empêcher. Sur le moment, Rathbun, qui jusque là avait plutôt mené une vie de bohême, trouve qu’il s’agit là « d’une expérience socialiste plutôt réussie » même si la discipline militaire et les uniformes de la marine ne l’enthousiasment guère.

Après l’EPF et divers boulots, Rathbun est posté comme manutentionnaire dans la Pubs Org (maison d’édition). Il a droit à cinq heures d’étude par jour. Au bout de quelques semaines, son superviseur de cours, John Colletto, un Classe VIII, est envoyé au RPF (Rehabilitation Project Force – le camp de réinsertion de la Sea Org) car on a découvert qu’il était un « rockslammeur ». Le rockslam est un mouvement anarchique et violent de l’aiguille de l’électromètre qui, d’après Hubbard, montre que la personne a des intentions nuisibles. Un jour, Colletto quitte brusquement le RPF et s’évapore dans la nature. Sa femme, Diane, est également membre de la Sea Org et occupe le poste de directeur du marketing des livres de Hubbard.

Un soir, le cousin de Diane demande à Marty d’attendre la jeune femme et de la raccompagner jusqu’à ses quartiers. John Colletto l’aurait menacée et elle ne se sent pas en sécurité. Marty monte dans la voiture de Diane qui démarre. Ils n’arriveront jamais à destination. John Colletto surgit dans une vieille Volvo et percute le véhicule de Diane qui fait une embardée et s’immobilise contre le trottoir. Colletto sort de la Volvo, arme au poing, fracasse la vitre côté Diane et lui tire une balle dans la jambe. Marty est déjà sorti de la voiture et saute sur Colletto. S’ensuit un violent corps à corps entre Colletto et Marty qui tente de le désarmer. Colletto estourbit Marty à coups de crosse. Marty extériorise et voit Colletto courir vers Diane, blessée à la jambe. Elle gît sur la route à quelques mètres de sa voiture. Colletto lui tire une balle dans la bouche, lâche son arme et s’enfuit.

Marty, tout d’abord soupçonné du crime, est finalement innocenté. Deux jours plus tard, John Colletto est retrouvé mort. Il s’est tiré une balle dans la tête. Durant la cérémonie scientologique des obsèques de la jeune femme, Marty perçoit Diane qui le remercie d’avoir risqué sa vie, sort par une fenêtre et disparaît. Marty considère cette expérience spirituelle comme l’une des plus fortes de son existence – « la perception objective d’une âme qui extériorise et qui poursuit son existence après la mort du corps. »

L. Ron Hubbard entend parler de l’acte d’héroïsme du jeune Sea Org. Peu après, Marty est transféré à la base secrète où vit Hubbard – située à la Quinta en Californie. Nous sommes en 1978 et la vie de Rathbun va changer du tout au tout.

A suivre…