2012 – Une année hystérique pour la scientologie – Chapitre 3 – L’été meurtrier – Deuxième partie

Juillet

Le 3 juillet, Alexander Jentzsch, 27 ans, est trouvé mort dans sa chambre par son beau-père OT VII. Le jeune homme souffrait d’une pneumonie et on lui avait prescrit de la méthadone. Le rapport du médecin légiste publié le 11 septembre conclura à une mort accidentelle par overdose.

Alexander Jentzsch était le fils de Heber Jentzsch, ex-président de l’église de scientologie internationale, et de Karen de la Carrière, OT VII, Classe XII.

Heber, figure célèbre et populaire de la scientologie, a disparu de la circulation depuis 2004. Officiellement, il est toujours président de l’église, sauf qu’il n’occupe plus ce poste depuis qu’il a été enfermé dans le Trou par Miscavige. Il est âgé de 77 ans.

Karen, Classe XII personnellement formée par LRH, épouse Heber  en 1978 alors que tous deux sont déjà membres de la Sea Org depuis plusieurs années. Heber est nommé président de l’église internationale en 1982.

En 1984, ils ont un fils, Alexander.

Sous la pression de Miscavige, Heber et Karen divorcent à la fin des années 80.

En 1990, Karen quitte la Sea Org en bon standing (elle démissionne en suivant la procédure établie par LRH) et emmène son fils avec elle.

Lorsqu’Alexander a 10 ans, des recruteurs de l’église font le forcing pour qu’il réintègre la Sea Org. Comme Heber est d’accord, Karen cède, à contrecœur. Voilà donc Alexander de retour parmi l’élite de la secte. Durant la décennie qui suit, il voit rarement son père et appelle souvent sa mère pour lui dire à quel point son père lui manque.

En 2007, Alexander est marié et sa femme Andrea est enceinte. Mais quand on travaille pour la Sea Org, on n’est pas censé avoir d’enfants. La pression est mise sur le couple pour forcer Andrea à avorter. La jeune femme finit par obtempérer.

En 2010, Andrea est à nouveau enceinte. Cette fois-ci, le couple décide de garder l’enfant et démissionne de la Sea Org. Alexander, par piston, trouve du travail à Dallas dans une boîte appartenant à des scientologues. Andrea fait une fausse couche.

Entre temps, Karen, inquiète pour Heber dont elle n’a plus aucune nouvelle, commence à s’exprimer publiquement sur sa disparition. C’est très mal vu. Finalement, Karen envoie un email à des milliers de scientologues pour annoncer son départ de l’église. Elle est immédiatement déclarée suppressive (excommuniée). OSA ordonne à Alexander de couper les ponts avec elle, ce qu’il fait.

Alexander est victime d’un accident de voiture à Dallas. L’accident lui laisse des séquelles et il se fait régulièrement prescrire des antidouleurs. Puis, il perd son travail alors que son couple commence à battre de l’aile. N’ayant nulle part où aller, il est recueilli par ses beaux-parents en Californie. Il ne peut contacter ni son père (injoignable) ni sa mère (excommuniée). Il contracte une pneumonie. Il meurt dans son lit durant la nuit du 2 au 3 juillet 2012.

Au matin du 3 juillet, son beau-père entre dans la chambre d’Alexander pour voir comment il va. Il constate que son gendre est mort. Il conduit alors un enfant à l’école, revient et, finalement, appelle la police, puis OSA.

Karen n’apprend la mort de son fils que le 5 juillet – par des amis. Personne, dans l’église, n’a cru bon de la prévenir. Ben non, puisque Karen est suppressive. Elle demande à voir le corps de son fils mais cela lui est refusé par Andrea et la belle-famille (la loi californienne le leur permet). Karen n’aura même pas le droit d’assister aux funérailles de son fils – pour lesquelles on sortira vite fait Heber du Trou histoire de montrer au monde qu’il va bien et qu’il a été un bon père.

Finalement, Karen et quelques amis organiseront un service funéraire privé à la mémoire d’Alexander sur un bateau de plaisance.

L’histoire d’Alexander Jentzsch a fait le tour du monde et le moins qu’on puisse dire, c’est que la scientologie n’en est pas sortie grandie.

Le 6 juillet, nous apprenons que la mission israélienne d’Haifa TOUTE ENTIÈRE (staff + paroissiens – 40 personnes) vient d’annoncer publiquement son départ de l’église de Miscavige. Du jamais vu. Vous trouverez un article de quatre pages très complet ici (en anglais). Cette mission, dirigée par un couple d’OT qui ont été excommuniés, annoncera quelques semaines plus tard que tous les niveaux de la scientologie, y compris les niveaux d’OT, sont à la disposition des paroissiens. Haifa devient donc la première org avancée du Moyen-Orient. L’org idéale de Tel Aviv est inaugurée en grandes pompes le 21 août 2012 par David Miscavige. Tous ceux qui seront mécontents des services de Tel Aviv auront toujours la possibilité d’aller à Haifa.

Le 19 juillet, Stacy Dawn Murphy, une jeune femme de 20 ans, meurt d’une overdose à Narconon Arrowhead, en Oklahoma. C’est le troisième décès à Arrowhead en neuf mois. Vous trouverez un reportage de Fox News 25 ici et ici (en anglais et en deux parties).

C’est un nouveau coup dur pour le réseau Narconon, dont l’antenne québecquoise avait été fermée par les services sociaux du Québec le 17 avril 2012. Les parents de Stacy Dawn Murphy engageront des poursuites en justice en octobre 2012, rapidement imités par deux autre familles. Arrowhead se retrouve donc avec trois procès sur les bras. Un blog (en anglais) consacré à Stacy Dawn peut être visité ici.

Le problème pour le réseau Narconon, c’est qu’il est coiffé par le top management de la scientologie, même si celui-ci prétend le contraire. Sous la dictature de Miscavige, Narconon, comme les églises, s’est transformé en machine à fric. Gagner du pognon est devenu plus important qu’aider les patients à s’en sortir. De plus, la plupart des employés de Narconon ne sont pas qualifiés pour s’occuper de toxicomanes. Ce qui est triste, c’est qu’au départ, Narconon était une entreprise valable qui affichait de bons résultats. Quelque part, en chemin, les choses se sont graduellement dégradées. Tout cela, bien sûr, s’inscrit dans la lente destruction des travaux de Hubbard amorcée il y a un peu plus de trente ans par le chef ecclésiastique de l’église, celui dont il vaut mieux ne pas prononcer le nom sous peine d’avoir une furieuse envie de vomir.

Le 28 juillet, Tony Ortega publie une très longue et passionnante interview de John Brousseau. Cliquez ici et ici (c’est en anglais).

Membre de la Sea Org pendant 33 ans, John Brousseau a réussi à s’échapper de la base internationale en Californie au terme d’une évasion rocambolesque. Nous y reviendrons peut-être un jour dans ce blog.

Vous allez nous dire : mais qui diable est John Brousseau ? Eh bien, il a été le chauffeur de LRH pendant quelques mois avant que ce dernier ne disparaisse de la circulation en 1980. Il a été le beau-frère de Miscavige qu’il connaît peut-être mieux que personne. Il a customizé des motos et des voitures pour Tom Cruise. Il a conçu un hangar à avions pour le même Tom Cruise. Il a dirigé les rénovations du Freewinds et, enfin, il a sécurisé le Trou où Miscavige avait enfermé le top management. Dégoûté par Miscavige et ce qu’était devenue la Sea Org, Brousseau s’est évadé en 2010. Pour ceux qui lisent l’anglais, l’interview dont nous avons donné les liens un peu plus haut regorge d’anecdotes fascinantes sur LRH, Miscavige et Cruise.

Août

Le 2 août, Tony Ortega publie une liste des cadres du top management enfermés dans le Trou par Miscavige. Attention : La liste se trouve à la fin de l’article. Certains d’entre vous reconnaîtront sans doute des gens que vous avez connus.

Le 29 août, le centre Narconon de Géorgie se retrouve sous le feu des projecteurs pour avoir fait croire à un tribunal qu’il avait une licence d’hébergement. Or, il n’avait qu’une licence qui l’autorisait uniquement à avoir des patients logés à l’extérieur du centre. Les conditions dans lesquelles les patients sont logés et traités remontent à la surface, ainsi que la mort, en 2008, de Patrick Desmond venu traiter son alcoolisme et dont la famille attaque désormais Narconon en justice. L’affaire est en cours et le Narconon Géorgie est maintenant menacé de fermeture. Voir le reportage de WSBTV (en quatre parties et en anglais) ici, ici, ici et ici.

A suivre…

Un article de Melina : Le maillon faible

J’ai pris mes distances il y a quelques années avec l’Eglise de Scientologie après m’y être impliquée douze ans, y compris comme membre du personnel. Je me suis éloignée pour des raisons que j’explique dans cet article, sans pour autant verser dans l’extrémisme inverse et en tentant de rester objective et factuelle.

Quand on parle de Scientologie, il faut distinguer :

1. Ron Hubbard.
2. Sa philosophie, sa doctrine.
3. L’organisation de la Scientologie.
4. Les scientologues.

1. Ron Hubbard : personnage haut en couleurs, charismatique, brillant mais aussi mythomane et paranoïaque selon sa principale biographie non-autorisée.

Les biographies officielles de l’Eglise le présentent comme une sorte de sur-homme… c’est ridicule. Même lui ne se présentait pas ainsi. Libre à chacun d’apprécier ou non le personnage.

2. Ses écrits : là encore, on adhère ou pas. Tout ce que je peux dire pour l’avoir vu de mes propres yeux c’est qu’il y a des choses qui fonctionnent, tant dans l’aspect « thérapie » que dans le domaine, moins connu, du management.

Je reviendrai sur le 3 plus bas.

4. J’ai connu personnellement au moins 200 à 300 Scientologues au cours de ces douze ans. A la fois en tant que simple adepte, mais surtout comme membre du personnel où j’occupais des postes de contact avec les membres de la Scientologie. De ce que j’ai pu observer, ce sont des gens plutôt bien dans l’ensemble. Ils veulent améliorer les choses et s’améliorer eux-mêmes, mais autant ils peuvent être vigilants sur les dérives de notre société, autant ils manquent de sens critique vis-à-vis de leur propre organisation et surtout de leurs dirigeants à qui ils ont tendance à accorder une confiance aveugle. J’irai jusqu’à dire que j’ai vu des esprits brillants faire preuve d’une naïveté infantile sur certains sujets.

C’est le point 3 qui est la cause de la situation critique actuelle. Et si une investigation devait être lancée, c’est dans cette direction qu’il faudrait chercher.

Tout d’abord, ce qui rend à moitié dingues les gens qui ont subi un préjudice à cause de la Scientologie, c’est qu’elle nie systématiquement ses erreurs et ses fautes. La ligne directrice est : ça vous est arrivé ? Tant pis pour vous, vous en êtes probablement responsable. Si vous vous montrez menaçant(e), on vous proposera un arrangement financier plutôt que d’aller en justice.

La responsabilité de l’Eglise devrait être engagée plus souvent lorsqu’il y a des drames. Il faudrait, pour cela que l’appareil judiciaire soit moins stupide et les parties civiles mieux préparées aux procès.

Parce que, côté scientologue, un procès se prépare avec une minutie chirurgicale et les meilleurs avocats sont engagés.

Perdre un procès est inacceptable pour l’Eglise, car une décision défavorable faisant jurisprudence pourrait marquer le début de la fin.

Les gens qui dirigent l’Eglise sont persuadés d’avoir raison. Eux-mêmes vivent dans un univers relativement protégé et coupé de la société civile. Mais les Scientologues (n°4) paient très cher le prix des erreurs de leurs dirigeants.

Ce sont eux qui se font blacklister sur internet, eux qui perdent leur emploi, leur réputation et leurs clients à cause de l’image déplorable de la Scientologie qu’ils subissent sans l’avoir nécessairement causée.

Est-ce que la Scientologie, en tant qu’organisation, viole la loi ?

Je suis étonnée, par exemple, que l’inspection du travail n’ait pas réussi à coincer les organisations françaises en requalifiant le contrat de membre du personnel en contrat de travail.

Il y a lien de subordination, contraintes horaires, durée globale, pénalisation de l’employé en cas de rupture anticipée et rémunération. C’est un angle possible.

Il est clair que si les employés des Eglises l’étaient conformément au droit social français, ces organisations perdraient du jour au lendemain 80% de leur personnel faute de pouvoir les payer et d’assumer leurs charges sociales.

L’autre point délicat est directement en relation avec l’argent : il fut un temps où les Scientologues étaient poussés à s’endetter par les « conseillers-orienteurs » (ceux qui vendent livres et services) pour financer leurs achats.

Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, y compris que c’est contraire aux règlements internes de l’Eglise, mais les connaissent-ils seulement ?

J’ai connu des Scientologues surendettés, ayant fait des fausses déclarations à différents organismes de crédit pour obtenir des prêts qui leur auraient été refusés s’ils avaient joué franc-jeu. Je ne sais pas si cela se pratique toujours. Espérons que non.

Un autre point faible concerne la justice interne en Scientologie. Je devrais écrire la « non-justice ». Je m’explique : il est interdit de poursuivre un autre Scientologue en justice, devant les tribunaux de votre pays, sous peine d’exclusion. Vous devez obligatoirement passer par la justice interne, tant pour les affaires privées que professionnelles.

Le problème est que cette fonction n’est pas assurée correctement : incompétence, absence de professionnalisme confinant à l’irresponsabilité, coût trop élevé, délais interminables et décisions discutables transforment cette justice interne en parodie.

Le fait qu’une communauté X ou Y propose (facultativement) un service de médiation entre ses membres n’est pas choquant en soi. Ce qui l’est, c’est de rendre cette procédure obligatoire et de la confier à des personnes incompétentes. Interdire ou dissuader un citoyen d’assigner un autre citoyen en justice parce qu’ils sont tous les deux Scientologues revient à le priver d’un droit fondamental. C’est anormal.

Il est clair que si la Scientologie n’est pas capable de se réformer par elle-même, il faudra que les Etats l’y obligent par l’application stricte du droit.

Melina
Ex-membre de l’Eglise de Scientologie pendant 12 ans, dont deux et demi comme membre du personnel.